Comité de l’Association

Président: Dominique Reichel
Trésorière: Rosemarie Racine
Secrétaire: Nicolas Reichel
Membres: Anne-Lise Vuilleumier, Aline Marguerat-Blanc,
Roland Vuilleumier, Lucas Vuilleumier

Textes et articles

The composer

Bernard Reichel, 80 years old

 

Der Komponist

Bernard Reichel, 80 Jahre alt

 

L’association

Créée en 1988, cette association a pour but de promouvoir, d’éditer et de diffuser l’œuvre de Bernard Reichel.

Le catalogue des oeuvres présent sur ce site est le regroupement de toutes les informations en notre possession, tout en reprenant les indications des anciens catalogues. Il est donc dorénavant  le document de référence et est plus précis que les documents édités par le passé.

Le compositeur

« Je crois bien que je suis né compositeur ! Pour moi, la composition a toujours été une exigence intérieure et je lui ai consacré toute ma vie. Ma musique repose sur un fond tonal, ce qui ne m’empêche pas d’utiliser tous les degrés de la gamme chromatique et de moduler librement dans tous les tons, à la façon d’un kaléidoscope ! »  (Bernard Reichel)

La personnalité artistique de Bernard Reichel

par Jacques Tchamkerten, directeur de la bibliothèque du Conservatoire de Musique, Genève.

 « Il ne faut jamais oublier que ce que nous apportons comme compositeur est vraiment peu de chose par rapport à l’ensemble du monde. Mais ce peu de chose doit être positif, un point de lumière dans l’obscurité générale. Si notre musique a pu, une fois, apporter quelque joie à quelqu’un, un moment de bonheur, un bref secours, un sourire, un instant où l’on se dit que tout n’est pas perdu, si quelques pages ont pu répandre dans le cœur d’une personne ce rayon lumineux, notre travail aura atteint son but, il aura joué son rôle, il aura apporté sa pierre dans la construction générale. »

Cette belle profession de foi, trouvée dans les innombrables notes rédigées par Bernard Reichel tout au long de sa vie, illustre merveilleusement le sens profond de sa pensée.

Né à Montmirail (Neuchâtel) d’un père d’origine allemande et d’une mère française, Bernard Reichel incarne cette dualité qui habite les compositeurs romands partagés entre les pôles latin et germanique de la Suisse. Si des musiciens tels qu’Aloÿs Fornerod, Jean Dupérier ou Pierre Wissmer regardent résolument du côté de la France et adoptent, tous à leur manière, une esthétique se situant dans l’héritage stylistique d’un Fauré, d’un Debussy ou d’un Ravel, Emile Jaques-Dalcroze, Ernest Bloch, ou Frank Martin tendent, eux, vers une synthèse de ces deux univers.

C’est à ces derniers créateurs que se rattache Bernard Reichel. Il accomplit sa formation tout d’abord au Locle, où il apprend l’orgue et les bases de l’écriture musicale avec Charles Faller, puis se perfectionne à Bâle avec Hermann Suter, à Genève où il devient l’un des plus proches disciples d’Emile Jaques-Dalcroze, et enfin à Paris où, tout en étudiant la composition avec Ernst Levy, il se plonge dans l’extraordinaire effervescence culturelle qui anime la capitale française durant l’entre-deux guerres.

Fils d’un pasteur, ayant vécu son enfance au sein d’une famille où l’on pratique assidûment la musique, Bernard Reichel se familiarise très tôt avec la musique religieuse qui occupera plus tard une place si importante dans son œuvre.

Si la référence suprême de Reichel demeure Jean-Sébastien Bach – tant par la spiritualité de son art que par la perfection de son écriture contrapuntique – il fait également son miel des maîtres anciens, tels Schütz et les grands polyphonistes de la Renaissance. Le compositeur reste, bien sûr, très attentif à la musique de son temps et il est probable que la révélation du Roi David d’Arthur Honegger, en 1921, l’aidera à définir son identité créatrice, lui ouvrant le chemin vers un langage où il conciliera son goût inné pour l’écriture classique avec l’émancipation harmonique et tonale de la musique telle qu’elle se manifeste dans les premières années du vingtième siècle.

Parmi les œuvres les plus anciennes de Reichel qui nous sont parvenues, La Vision d’Ezechiel, oratorio composé en 1932, illustre bien cette dualité/complémentarité, et l’âpreté de son expression et de ses harmonies n’est pas sans préfigurer les grands oratorios –In Terra Pax, Golgotha, Pilate– que Frank Martin, un de ses amis les plus proches, écrira à partir de 1944. Notons qu’une partie importante de l’œuvre de Bernard Reichel a été élaborée après 1960, lorsque – libéré de ses occupations pédagogiques -, il pourra consacrer la plus grande partie de son temps à la composition.

On ne peut pas discerner chez le compositeur de périodes créatrices ni de mutations significatives de son style, même si ce dernier semble abandonner progressivement les aspérités et les éléments polytonaux, voire atonaux, pour se concentrer sur un langage plus « intemporel » où la modalité joue un rôle fondamental. Le chromatisme occupe également une place primordiale dans son langage qui, comme le dira si justement la pianiste Christiane Montandon «  […] fait miroiter, scintiller l’harmonie par le jeu constant des altérations ; celles-ci n’apparaissent jamais deux fois de suite de la même manière […] et les cadences finales savent toujours surprendre »[1].

Hormis l’opéra et le ballet[2], l’œuvre de Bernard Reichel traverse tous les genres.

Une part importante de son catalogue est consacrée à la musique instrumentale. Plus que l’orchestre (Reichel écrira néanmoins plusieurs œuvres symphoniques ou concertantes), c’est la musique de chambre, l’orgue, et le piano qui semblent constituer ses terrains de prédilection.

Le piano occupe dans son univers une place prépondérante. Comme pour son maître Jaques-Dalcroze, il est son indispensable auxiliaire dans les domaines de la pédagogie, de la composition ainsi que de l’improvisation, une discipline qu’il considère comme un des fondements de la création musicale et à laquelle il consacrera plusieurs ouvrages didactiques.

Instrument auquel Reichel confie ses plus intimes confidences musicales, véritable prolongement de sa pensée créatrice, le piano lui inspirera de très nombreuses compositions de brève durée, généralement groupées en recueils (Préludes, Esquisses, Suites, etc) ainsi qu’une Sonate, une vaste Fantasia et plusieurs recueils de variations.

Dans son écriture instrumentale, Bernard Reichel cultive – sans nulle sécheresse – un néo-classicisme où les éléments contrapuntiques (canons, fugatos, imitations) jouent au même titre que le choral – l’une de ses formes préférées – un rôle structurel. Sans jamais cultiver le pastiche, Reichel s’inspire volontiers du caractère et des formes de la musique baroque (sonate en trio, ricercar, variations), à laquelle il rend également hommage par sa fréquente utilisation du clavecin.

La production vocale de Bernard Reichel peut se subdiviser en deux catégories, profane et religieuse.

Comme Frank Martin, il met aussi bien en musique des textes en français qu’en allemand, puisant volontiers dans la poésie de Goethe qu’il affectionne. L’auteur de Faust lui inspirera l’une de ses partitions les plus originales, les Goethe-Lieder pour quatre voix et piano à quatre mains, la formation vocale et instrumentale des célèbres Liebesliederwalzer de Johannes Brahms.

Si la musique chorale profane est relativement peu abondante dans l’œuvre de Reichel, le chœur – a cappella ou accompagné – est à la base de sa musique religieuse.

Profondément croyant mais avec une très grande liberté d’esprit, Bernard Reichel aura, sa vie durant, le souci d’enrichir la musique dans l’église – par son ministère d’organiste qu’il exerce durant de très nombreuses années – et surtout la musique pour l’église, à travers sa vocation et son talent de compositeur qu’il met constamment au service de la communauté.

Aussi, la musique religieuse est peut-être le domaine dans lequel Bernard Reichel donne ses œuvres les plus inspirées, à travers ses nombreux oratorios, cantates, psaumes ou motets. Du petit Magnificat pour chœur à cappella – trois minutes de musique d’une rare densité – au jubilant Gloria pour soli, chœur et orchestre (1964) ou aux Trois Psaumes pour soprano, chœur et ensemble instrumental (1981), qui semblent refléter sa propre sérénité au soir de son existence, l’expression musicale des textes sacrés porte son inspiration à sa plus grande intensité et magnifie son langage dont l’expressivité et la souplesse de la polyphonie trouvent ici leur plein épanouissement.

On l’aura compris, Bernard Reichel n’est pas l’homme des théories ni des spéculations et construit son œuvre pour des auditeurs et des interprètes du présent, considérant que son talent de créateur lui confère une responsabilité auprès de ses contemporains.

Pour lui, le style et l’esthétique ne constituent donc en rien une fin en soi et sont assujettis à l’inspiration et au message qu’il entend délivrer. Nul mieux que lui-même ne l’exprimera, avec son humilité coutumière, dans une note rédigée en 1985 :

« Ma pauvre musique est d’un âge passé, mais elle est je crois, du moins je l’espère, « musicale », c’est-à-dire qu’elle communique une vérité, qu’elle « parle » un langage compréhensible pour les autres, saisissable plutôt, et que tous les sentiments exprimés dans ma musique sont nettement perceptibles par ceux qui l’écoutent… »

 [1] Montandon, Christine : « Bernard Reichel (1901-1992), Bulletin du Conservatoire de Musique de Genève, 60ème année. N° 6, février 1993, p. 9

[2] Reichel abordera néanmoins le théâtre à travers plusieurs importantes musiques de scène, telle celle pour le Mystère de Jeanne d’Arc de Raymonde Gampert (1944) ou encore le spectacle musical Le Conte d’été ou le dragon à sept tête sur un livret d’Anne Périer (1974).

Le fonds Bernard Reichel, Bibliothèque cantonale et universitaire, Lausanne

Verena Monnier, responsable des archives musicales,
Bibliothèque cantonale et universitaire, Lausanne

 

Le fonds Bernard Reichel à la Bibliothèque cantonale et universitaire – Lausanne

Avec plus de 20 mètres linéaires et 64 cartons d’archives, le fonds Bernard Reichel compte parmi les plus importants des archives musicales de la Bibliothèque cantonale et universitaire – Lausanne.

Les partitions sous forme de manuscrits autographes, imprimés, copies à partir de calques et autres types de reproduction constituent la majeure partie du fonds. Tout comme pour le classement de la Fondation Bernard Reichel, les œuvres sont structurées en cinq grandes parties : musique instrumentale, musique vocale profane, musique religieuse, musique de théâtre et œuvres didactiques.
Onze cartons de documents divers (correspondance, coupures de presse, programmes, textes de et sur Bernard Reichel et photographies) complètent cette riche collection. On y trouve même quelques pièces qui mettent en valeur son talent de dessinateur.

Le fonds a été remis en deux étapes : les partitions d’environ 280 œuvres et plusieurs lots de documents divers ont été donnés par le compositeur lui-même en janvier 1974 et classés – en étroite collaboration avec Bernard Reichel – par le conservateur des archives musicales de jadis, Jean-Louis Matthey, qui a publié l’année même un Inventaire du fonds musical Bernard Reichel. En 2002 l’Association Bernard Reichel décide de donner à la BCUL 23 cartons de partitions – qui portaient à ce moment déjà des cotes attribuées par l’Association Bernard Reichel – restées en sa possession après la mort du compositeur en 1992. Afin de faciliter les recherches dans les deux parties du fonds, l’Association Bernard Reichel a établi une liste de concordance pour les deux systèmes de cotation.

Le fonds Bernard Reichel est ouvert à la consultation ; musiciens professionnels comme amateurs, musicologues, mais également pédagogues y trouvent de la musique passionnante et inouïe ainsi qu’une riche documentation sur le compositeur et son œuvre.

 

Shop

Bernard Reichel composed more than 600 opus. You can find and explore theses documents in different ways:

By chapter in the catalog, in the right column
With the tag cloud below

 

Boutique

Téléchargements PDF:
Catalogue des oeuvres
Liste des publications

Consultation du catalogue sur le site: Recherchez une œuvre directement dans la barre de recherche ou par chapitre, ou dans le nuage d’étiquettes

 

Sélectionnez “catalogue” ou “publications” pour faire votre recherche.

Checkout

Mon compte

Login

Register

Bernard Reichel

Musicien, Compositeur, Humaniste, et Dessinateur…

L’ Association Bernard Reichel

L’association a pour objectif de valoriser et faire vivre et connaître les compositions, les écrits, les pensées et les dessins de Bernard Reichel.

Oeuvres disponibles en ligne

Le catalogue référence toutes les oeuvres, travaux et enregistrements du compositeur.
Depuis sa création en 1988, l’association retranscrit et publie les oeuvres manuscrites du compositeur, une partie de ces documents sont déjà disponibles au téléchargement directement dans le catalogue.

“Te Deum”, le compositeur parle (1985)

Propos recueillis lors de la création du Te Deum en 1985, reproduit avec l’aimable autorisation de « 24 Heures » et de Mme Myriam Tétaz.

Le compositeur parle « … La construction du Te Deum n’a rien de dramatique ; c’est un cantique de louange perpétuel, il a de l’allure, il est vigoureux, mais sans contrastes. Chaque partie est introduite par la mélodie grégorienne correspondante, confiées aux solistes. Elle exprime très fortement le texte. Elle donne l’atmosphère. Dans l’ensemble, je crois avoir écrit une musique très simple. Je pense que la voix humaine commande un certain style, sans complications chromatique ou tonale. L’orchestre a des harmonies plus libres. J’ai aussi tenu compte du grand espace architectural : dans une cathédrale il y a une résonance qui rend les complications harmoniques difficiles à saisir.

J’ai toute une tradition en moi. Je ne peux pas me couper de moi-même. Aujourd’hui, je me sens un peu en marge ; je regrette d’avoir perdu le contact avec toute cette jeunesse de compositeurs contemporains. Leur musique me paraît souvent volontairement dissonante, artificiellement compliquée. Le fondement de la musique, pour moi, c’est la joie de la beauté. Quand je compose, je m’isole de l’aspect analytique, intellectuel, des considérations critiques. Je ne fais qu’écrire ce qui me paraît le meilleur. Cela peut ressembler par hasard à autre chose, ça m’est égal. Je me sens indépendant.

Une chose me tourmente: la situation de l’humanité actuelle. Quelquefois je n’ai plus le courage de me mettre au travail. Si on pouvait élever l’esprit de l’homme ! La musique, certes, peut y contribuer, c’est pourquoi je m’y remets. Un tout petit geste, mettre un bémol à la bonne place, vous fait participer à la construction du monde, dirait Teilhard de Chardin. »

Album photos

Bernard Reichel de A à Z ! ou presque…. !

Amis
Frank Martin, Robert Junod, Henry König, Théophile Bosshard, Alfred Berchtold … et tant d’autres ..

Amour
« Dans tous les chefs d’œuvre de la musique, chaque mélodie, chaque contour mélodique, chaque harmonie, chaque modulation contiennent un sentiment d’amour, que ce soit dans la joie, dans la gravité, dans la lenteur, dans la vivacité. Comme chez le vrai peintre, chaque coup de pinceau et chaque détail, dans le dessin, dans la couleur, exprime une ferveur, une amitié, une fraternité, un goût de la vie, de la beauté, de même dans la musique des grands musiciens, on est frappé d’abord par l’esprit qui anime le « langage », par le sentiment d’une présence. Oui, le compositeur est là, mais il transmet, il fait part d’une lumière qu’il a reçue». Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

Appia Adolphe 1862-1928
Adolphe Appia fut l’un des metteurs en scènes les plus célèbres de son époque grâce à ses conceptions de l’espace et de la lumière au théâtre, au moment où l’électricité venait de naître. Il mettait en valeur un jeu tridimensionnel vivant, parce qu’il croyait que les nuances d’ombre étaient autant nécessaires que la lumière, ce qui formait une certaine connexion entre l’acteur et son espace de jeu, entre le temps et l’espace. Il créa ainsi une nouvelle conception de l’éclairage et de la scène. Opposé aux décors historiques réalistes, il a profondément influencé par son œuvre et ses écrits la mise en scène théâtrale du début du XXe siècle. Il voyait large, et était capable de conceptualiser et de philosopher à propos de beaucoup de choses, même les plus compliquées.
Attiré par l’œuvre de Wagner, il crée dans les années 1890, une mise en scène et des décors pour plusieurs œuvres du compositeur (les Maîtres chanteurs, Tristan et Iseult …) et publie des ouvrages traitant de la « Mise en scène des drames wagnériens » suivis de « La musique et la mise en scène ».
En 1906, il rencontre Emile Jaques-Dalcroze et participe à la création de l’Institut Jaques-Dalcroze. De cette collaboration naît la série des Espaces rythmiques (1909-1910). Entre 1911 et 1913, dans le cadre de l’Institut Jaques-Dalcroze de Hellerau près de Dresde, il conçoit la scénographie de spectacles qui attirent toute l’intelligentsia européenne. D’après Wikipedia.

Archaïsme
“On parle souvent d’« archaïsme » lorsqu’il s’agit de ma musique ! Je ne suis pas fâché de cette association. Cependant j’insiste pour qu’on ne pense pas qu’il s’agit d’une décision intellectuelle de ma part. Je ne choisis pas délibérément d’être archaïque : cela n’aurait aucun sens …
J’admets que certaines tournures mélodiques font penser dans mes œuvres à des mélodies anciennes : de là, les tournures harmoniques qui sont justement mes harmonies. Mais cela provient d’une évolution tout intérieure, dirigée par mon goût pour les chants populaires anciens, surtout de France et d’Angleterre, ou pour les chants des XVè et XVIè siècle en Allemagne, et le choral et ses ancêtres.
J’ai tellement pratiqué cette musique-là, qu’il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle soit absolument et profondément assimilée dans mon esprit. Quoi que je fasse, quelques recherches que je fasse, les modes anciens, variés et enrichis à l’infini par tout ce qui s’est passé depuis le Moyen Age, sont là, ils agissent sur ma pensée. Je ne le regrette pas. Je sens en eux un terrain sûr, et comme ils ont été à la base de l’expression des hommes à travers les siècles, je puis communier par eux avec des êtres innombrables.”
Notes de Bernard Reichel.

Argent
« Je garde des souvenirs superbes de cette période de ma jeunesse (à Paris) et pourtant elle fut difficile au point de vue matériel. Mais je ne regrette pas d’avoir connu ces problèmes-là, au contraire. C’est un peu le tort des jeunes, actuellement, d’être pressés de gagner beaucoup d’argent. Voyez-vous, la composition est l’expérience d’une chose très précieuse, et il faut savoir ce que coûte la vie pour que cette expérience soit complète. »
Tiré de l’article de Blanche Strubin, La Tribune de Genève, 12 janvier 1962, page 32.

« La vie est impitoyablement chère et il faut faire des calculs à dormir debout pour nouer les deux bouts ! D’ailleurs c’est l’occasion de conquérir une sérénité vis-à-vis de ces questions-là, et ce n’est sans doute pas mauvais ! Je me dis qu’en définitive, les désirs refoulés doivent bien par-ci par-là nourrir une progression harmonique ou inspirer une belle modulation, peut-être donner naissance à une mélodie, un thème qui n’aurait pas vu le jour sans cela …
Et malgré tout, composer reste une chose terrible. Il me semble que c’est toujours plus terrible ! Je viens de terminer un quatuor à cordes. Mais vraiment, j’en suis éreinté. Il faut dire que travailler à une telle musique au milieu des leçons à l’école (qui sont bien l’opposé du quatuor à corde !!!) , des leçons à l’Institut, où il faut souvent se tuer à faire apprendre les éléments des éléments des éléments, etc, c’est une lutte dont parfois j’aimerais être délivré, ne serait-ce que pendant quelque temps. Que de rêves ne faisons-nous pas …»
Correspondance avec F. Martin, 1948.

Artiste
« On entend dire que l’artiste doit exprimer son époque. Je pense au contraire que nous sommes suffisamment submergés par la connaissance de tout ce qui se passe dans le monde, et que le rôle de l’artiste est de rappeler, dans la mesure de ses moyens, que la lumière, la paix, simplement la beauté existent toujours et sont possibles en chacun de nous. »
Bernard Reichel, Conclusion de sa conférence « D’où m’est venu le besoin de composer de la musique », 1973 (Dossier BCU FBR 341).

Beau
” Toute recherche du beau doit être une recherche du bien”.
« Le sens du beau : La formation en soi du sens artistique ne peut s’acquérir, se développer qu’au contact des plus belles œuvres.
Cette formation engage tout l’être et occupe toute la vie, car il n’y a pas de limite à la recherche de la beauté.
Il faut d’ailleurs y travailler sans cesse, surtout si l’on veut enseigner, car on ne peut donner aux autres que ce qu’on a en soi. »
Notes de Bernard Reichel.

« Il ne faut jamais oublier que ce que nous apportons comme compositeur est vraiment peu de chose par rapport à l’ensemble du monde. Mais ce peu de chose doit être positif, un point de lumière dans l’obscurité générale. Si notre musique a pu, une fois, apporter quelque joie à quelqu’un, un moment de bonheur, un bref secours, un sourire, un instant où l’on se dit que tout n’est pas perdu, si quelques pages ont pu répandre dans le cœur d’une personne ce rayon lumineux, notre travail aura atteint son but, il aura joué son rôle, il aura apporté sa pierre dans la construction générale.”
Notes de Bernard Reichel.

« Certains ensembles de percussion peuvent être très agréables à écouter, très harmonieux, ce sont des vibrations heureusement combinées. Quelquefois la nature nous enchante par des ensembles de bruits (l’eau, le vent) ; ou des sonneries de cloches peuvent nous toucher profondément. Cependant, l’émotion et le bonheur que nous en recevons vient souvent d’associations d’idées, de sentiments qui se forment en nous (sans que nous en soyons conscients et sans que nous puissions les définir). La Beauté parle directement. La Beauté d’une œuvre musicale va plus loin et, chose extraordinaire, un Adagio de Mozart, de Bach, peut émouvoir et émerveiller un être « inculte musicalement » et enthousiasmer et émouvoir le plus savant technicien, conscient des phénomènes les plus subtils. »
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

« La perfection technique ne saurait être le but unique de la musique. Elle peut devenir une obsession qui tue toute vie.
Esthétique… Toute recherche du Beau doit être en même temps une recherche du Bien. J’ai bien des fois ressenti, en cherchant avec les élèves d’harmonie la meilleure solution dans certains cas d’harmonisation, que cette recherche était en même temps une ascension morale, qu’elle engageait tout l’être, qu’elle entraînait un perfectionnement en profondeur. En tous les cas, cette recherche touchait à des fibres très mystérieuses. Lorsqu’on dit « le plus beau » on dit en même temps le « meilleur ».
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

Bach
« D’où vient l’extraordinaire supériorité des œuvres de Bach ? Les sujets de Bach sont toujours très bien construits. Chacun d’eux forme un tout complet; c’est un personnage, un caractère, un ensemble qui possède la double qualité d’un élément vivant : il a en lui la question et la réponse, une affirmation et les conséquences de cette affirmation, une tension et une détente, un effort et un repos ; il a un caractère nettement défini.
Un sujet est une mélodie, chantable, facile à mémoriser. Ces qualités sont à la base de la fugue et se retrouvent chaque fois que le sujet apparaît. Ce sujet doit pouvoir être harmonisé de plusieurs manières et son harmonisation contient un bel équilibre entre les tons bémolisés et les tons diésés, entre la IV et la V de la tonalité. Le sujet est comme un condensé de l’ensemble.
Avec Bach, on a toujours l’impression qu’il invente « la forme de la Fugue », que la construction lui obéit, alors que dans la fugue de conservatoire, c’est au contraire le musicien qui obéit à des règles, il tâche de satisfaire certaines exigences extérieures.
On ne pourrait changer une note dans une fugue de Bach, sans fausser quelque chose.
Une pièce comme l’Aria de la Suite en Ré est au plus haut point de la musique religieuse, mais sans aucune intention de la part de Bach. Il a simplement composé un mouvement lent pour sa Suite”.
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.
Berchtold Alfred
Né à Zurich en 1925, Alfred Berchtold passe son enfance à Paris (Montmartre). Ramené à Zurich par la guerre en 1940, il vient en 1944 à Genève, attiré par l’enseignement de Marcel Raymond. Fixé dans cette ville, il s’y voue à l’enseignement secondaire et universitaire. La « Suisse romande au cap du XXème siècle » paraît en 1963 sous forme de thèse, précédée et suivie d’autres écrits consacrés pour la plupart, comme ses chroniques journalistiques et ses conférences, à l’histoire intellectuelle et artistique du pays, dans ses relations avec l’Europe. Alfred Berchtold a reçu entre autre les prix Oertli, Brandenberger, SIGPA-Europe, le prix quadriennal de littérature de la ville de Genève, ainsi qu’un doctorat honoris causa de l’Université de Lausanne.
Petite bibliographie au dos de son livre « Cinq portraits », Ed l’Age d’Homme.

Bibliothèque Cantonale et Universitaire – Lausanne Fonds musical Bernard Reichel 1974
« C’est un rare privilège pour une bibliothèque d’accueillir du vivant d’un compositeur son œuvre quasi complète et d’ordonner celle-ci avec lui. Ce privilège a été accordé à la BCU qui abrite maintenant le Fonds Bernard Reichel totalement séparé des autres collections d’archives musicales conservées à la bibliothèque. En effet, le compositeur vaudois, bien qu’ayant vécu à Genève, a décidé de remettre à la BCU toute son œuvre en janvier 1974. Il nous a donc été possible d’entreprendre aussitôt le catalogage et le classement de ces documents sous son regard, dans un parfait esprit de collaboration. Nous aimerions remercier ici Bernard Reichel des nombreux conseils qu’il nous a apportés tout au long de la rédaction de l’inventaire que nous publions aujourd’hui.

Le fonds Bernard Reichel, consultable dès aujourd’hui, constitue un grand enrichissement pour le département de la musique de la BCU ».
Jean-Louis Matthey, Avant-Propos de l’inventaire du Fonds musical Bernard Reichel déposé à la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne, département de la Musique en 1974.

En mars 2003, l’Association Bernard Reichel a remis la totalité des manuscrits autographes du compositeur à cette bibliothèque. Les partitions peuvent être consultées à la BCU.

Bosshard Rodolphe Théophile 1889-1960
Reichel aime rappeler tout ce qu’il doit à son cousin, le peintre Bosshard, « un volcan qui explosait, sévère avec lui-même, généreux avec autrui ». Il partagea souvent son atelier parisien, mieux chauffé que sa froide chambre d’étudiant ; l’un composait, l’autre peignait. Parfois, Bosshard se mettait au piano et improvisait des valses viennoises.
« Bernard Reichel a 80 ans », Myriam Tétaz-Gramegna, Journal « Vie Protestante » septembre 1981.

(…) »Le musicien parle du peintre, et je pense en l’entendant, à ma rencontre avec Bosshard, peu de temps avant sa mort, où je trouvais l’artiste vaudois profondément attentif à la retransmission d’une symphonie de Beethoven. »
Alfred Berchtold, « Promenade avec Bernard Reichel ».

« Nous étions ensemble à Paris. C’était (T.B.) un esprit très strict, généreux, qui m’incitait à sortir de moi-même. Et il adorait la musique, comme moi la peinture. On ne photographiait pas, à l’époque, on avait un album de croquis ! »
Gazette de Lausanne, Jean-Claude Poulin, 2 avril 1977

Figure majeure de la peinture suisse de la première moitié du XXe siècle, Rodolphe-Théophile Bosshard est né à Morges le 7 juin 1889, d’un père d’origine zurichoise. Sa mère, Neuchâteloise, est née à Nîmes.
Porteur d’un baccalauréat classique, passionné de dessin, il entre à l’école de Beaux-Arts de Genève en 1907, où il est l’élève de Pignolat d’Estoppey et de Gilliard. Il se rend à Paris en 1910 avec son ami le peintre Gustave Buchet, puis à nouveau en 1914. Il y retournera, jeune marié, et porteur d’une bourse fédérale en 1920. Installé à Montparnasse pendant quatre ans, il noue de multiples amitiés dans le milieu bouillonnant de l’époque : Marc Chagall, Ossip Zadkine, André Derain, Charles Despiau, Charles Dufresne (peintre), Jean Lurçat… et les Suisses Cingria, Clément et Paul Budry.
Il expose, attire l’attention de la critique, se fait un nom. Puis il rentre au pays, tout en exposant régulièrement dans la capitale française. Installé à Riex puis à Chardonne, il ponctuera son travail de nombreux voyages : au Tessin dans le Midi, en Grèce, en Algérie. Quelques grandes commandes pour le crématoire de Vevey, l’Ecole de jeunes filles de Lausanne, Radio-Lausanne, la Mutuelle vaudoise.
De ses emballements pour Ferdinand Hodler et l’expressionnisme allemand de ses jeunes années à l’abstraction des années cinquante, l’art de Bosshard n’a cessé de se renouveler, dans ses paysages, ses natures mortes, ses nus, sans que jamais il n’abandonne le rêve et la lumière qui lui sont propres.
Il s’éteint le 17 septembre 1960. Il est enterré à Chardonne dans le petit cimetière qui domine le lac.
Tiré de Wikipedia.

Cathédrale
Ce serait taire une part de la personnalité de Reichel que de ne pas parler enfin de son amour des cathédrales, de la fascination de leurs grandes architectures, qui n’ont guère de secret pour lui, à commencer par celle de Lausanne.
« Bernard Reichel a 80 ans », Myriam Tétaz-Gramegna, Journal « Vie Protestante » septembre 1981.

« L’architecture est la musique des pierres ». Autant sans doute que la peinture, les grandes architectures de notre Occident chrétien et pré-chrétien ont ému Bernard Reichel. Le compositeur Ernst Levy lui fit découvrir les recoins les plus cachés de la cathédrale de Chartres. Lui-même a reconstitué cette cathédrale en un modèle réduit et peu de compliments, au sortir d’une audition de ses oeuvres, lui ont fait sans doute autant de plaisir que cette question: « Vous avez vu Chartres, n’est-ce pas ? ». D’ailleurs, le mot « constructif » est important dans son vocabulaire.
Alfred Berchtold, «Promenade avec Bernard Reichel ».

La cathédrale Notre-Dame de Chartres, en France, est située à 80 kilomètres au sud-ouest de Paris. Elle est considérée comme la cathédrale gothique la plus représentative, la plus complète, ainsi que la mieux conservée.
L’actuelle cathédrale, de style gothique a été construite au début du XIIIe siècle, pour la majeure partie, en 30 ans, sur les ruines d’une précédente cathédrale romane, détruite lors d’un incendie en 1194.
Grand lieu de pèlerinage, cette cathédrale et ses tours dominent la ville de Chartres et la plaine de la Beauce alentour. Elles s’aperçoivent à plusieurs dizaines de kilomètres de distance.
Tiré de Wikipedia.

Coeur
« Il faut se méfier du plaisir sensuel (égoïste), car il forme une sorte de couche de séparation qui empêche la vie ambiante de pénétrer son propre cœur ; car la vie n’est complète que lorsqu’il y a échange, lorsque les forces centrifuges vont à la rencontre des forces centripètes, lorsque la vie intérieure est nourrie par les richesses venant de l’extérieur et lorsque l’entourage est enrichi par ce qui naît en nous”.
Notes de Bernard Reichel.

Commandes
« Le nombre considérable des œuvres religieuses que j’ai écrites est dû, en partie, aux circonstances. J’ai eu de nombreuses commandes émanant de paroisses, du Locle, de Lausanne, de Berne, de Lemgo, entre autres. Commandes parfois bien payées, parfois peu ou pas du tout.
Mais en soi la commande est un stimulant précieux : l’on travaille sur des données précises et la date de livraison oblige à se discipliner et à se concentrer. L’on n’a pas le temps de se perdre dans des recherches abstraites, c’est une protection ! … »
Tiré de l’article de Blanche Strubin, La Tribune de Genève, 12 janvier 1962, page 32.

Compositeur
De la mission du compositeur, BR a une conception très élevée. Il me l’expose par petites phrases allusives, fruits de méditations et d’expériences, et qui, de l’humain à l’éthique, de la métaphysique au spirituel, embrassent toutes les nuances d’une pensée exigeante, avide de sincérité et de pureté :
« Il est beaucoup plus difficile de faire de la musique simple que de la musique compliquée.
Quand l’art n’est plus humain, il a perdu sa valeur d’art.
On ne peut dissocier l’artiste de l’homme, et à cause de cela, il ne saurait y avoir de concessions possibles ni sur un plan, ni sur l’autre. « la musique est une chose sérieuse » a dit Lipatti ; elle l’est aussi pour moi: c’est une chose grave qui touche à l’essence même de la vie. Jusque dans une page gaie, cette gravité demeure, en ce qu’elle requiert de conscience, d’honnêteté de la part de l’auteur. »
Et encore :
« Il existe des forces étrangères à nous-mêmes, sur lesquelles nous n’avons pas de prise, mais qui ont prise sur nous ; et c’est pour cette raison que dans la création musicale n’intervient pas seulement le facteur du propos délibéré, de la volonté arrêtée, mais encore une grande part d’obéissance. Avec humilité, le compositeur doit s’efforcer de faire au mieux ce pour quoi il a été « appelé ».
Tiré de l’article de Blanche Strubin, La Ttribune de Genève, 12 janvier 1962, page 32.

« Je crois bien que je suis né compositeur ! Pour moi, la composition a toujours été une exigence intérieure et je lui ai consacré toute ma vie. Ma musique repose sur un fond tonal, ce qui ne m’empêche pas d’utiliser tous les degrés de la gamme chromatique et de moduler librement dans tous les tons, à la façon d’un kaléidoscope ! »
Gazette de Lausanne, 11 mars 1990.

BR « pianotait »  avant même de connaître les notes. A huit ans, il écrivait sa première sonate. Sa vocation fut de celle qui se dessine de bonne heure, et le petit garçon que l’on avait toute la peine du monde à envoyer se coucher, en ces vendredis soirs où son père s’adonnait à sa passion du quatuor à cordes, savait déjà à quoi il consacrerait sa vie.
Tiré de l’article de Blanche Strubin, La Tribune de Genève, 12 janvier 1962, page 32.

“Le compositeur peut écrire les musiques les plus diverses, s’il écoute au fond de lui-même ce qu’il doit dire, il ne risque pas de se tromper. Les différences de style sont superficielles. Le fond de sa musique sera toujours vrai, toujours le même. Voir Mozart, Bach, Wagner, etc.
Il ne faut jamais choisir une manière, une technique : il faut se laisser guider par une force intérieure, par l’instinct, par la voix intérieure qui vous dit : « ça va » ou « ça ne va pas ». J’ai eu un jour un jeune élève qui m’annonça qu’on lui avait demandé de mettre en musique un texte. Il étudiait l’harmonie classique mais cela l’ennuyait, et il se plongeait dans Alban Berg à longueur de journée. Il finit par me dire : « je ne sais pas si je ferai du tonal ou de l’atonal…mais je crois que ce sera atonal. »
Jamais un composteur ne se pose une question pareille ! »
Notes de Bernard Reichel.

« Le compositeur a tout avantage à faire autre chose encore que de la composition. L’échange avec les élèves, par exemple, est infiniment rafraîchissant ; pour ma part, j’aurais beaucoup de peine à y renoncer. Certes, il ne faut pas qu’il vous prenne tout votre temps ni qu’il vous mange toutes vos forces : certains élèves vous « vident » littéralement. Mais, d’un autre côté, l’approfondissement auquel vous obligent les leçons vous amène souvent à une véritable prise de conscience de vous-même ; c’est encore une manière d’aider à la composition. Et puis, j’estime qu’il ne faut pas se couper du reste du monde, que le contact humain doit être maintenu à tout prix. »
Notes de Bernard Reichel.

Comme tout compositeur digne de ce nom (je pense en particulier à son cher ami Frank Martin), Reichel a connu des heures de doute et des périodes d’aridité. Mais quelle joie illuminait son clair visage lorsque des interprètes amis révélaient une de ses œuvres à un public réceptif ; quelle satisfaction aussi du pédagogue livrant les secrets de sa riche expérience à des élèves sensibles et curieux d’esprit !
Christiane Montandon, 2 octobre 1993, Journal de l’Institut Jaques Dalcroze : « Autour de Bernard Reichel, souvenirs et impressions ».

« Je me demande parfois si mon combat a été utile … J’ai fait plaisir à quelques centaines de personnes, mais cela me paraît dérisoire. Que leur ai-je apporté au juste ? S’il y en a deux ou trois qui ont ressenti la présence d’une puissance supérieure exprimée par ma musique, cela aura donc valu la peine … Mais il me semble toujours qu’il y a encore quelque chose de capital que je dois encore dire. Où trouver la force ?
Notes de Bernard Reichel.

Bernard Reichel ne cherche ni à frapper l’auditeur, ni à créer du nouveau à tout prix. Il veut dire la beauté, révéler un certain sens de la vie qui doit s’exprimer avec toutes les forces qui sont en l’homme : sentiment et intellect composant cette richesse d’âme sans laquelle il n’y a pas de musique.
Ce n’est pas pour la critique ou le grand public international que Reichel écrit car, dit-il, « On ne vit pas à l’échelle de l’humanité, mais des gens qu’on rencontre ». Et il évoque avec émotion les concerts où il a senti que public, interprètes et compositeur communiaient dans la joie, le sérieux et la reconnaissance.
« Bernard Reichel a 80 ans », Myriam Tétaz-Gramegna, Journal « Vie Protestante », septembre 1981.

Composition
« En travaillant à ce festival (le Festival Neuchâtelois 1948) je vois combien il est nécessaire de travailler la mélodie ! J’ai de la peine à bâtir une simple mélodie, bien solide, bien tournée, bien élégante. Et que d’habitudes j’ai, qui remplacent trop souvent la vraie invention. Il y a d’ailleurs dans les habitudes de bonnes choses, des éléments de construction qui sont mieux que de simples habitudes, mais qui sont peut-être des bases, des principes qu’il ne faut pas se gêner d’employer (comme le I IV V I des classiques ; ) de plus en plus, je me demande ce qu’aurait fait Bach sans des formules de basse comme celles-ci…
Est-ce remplaçable ?
Bien que je reste partisan de la composition au piano, je souffre souvent de ne pouvoir partir en avant, donner d’abord la grande ligne ! mais il est évident qu’il faut tout mettre au point à mesure ; j’aimerais avoir une mémoire assez formidable pour enregistrer les symphonies que je me chante parfois en marchant par exemple ! il me semble que cela se tiendrait si bien, serait si inspiré, si coulant ! Souvent, quand j’entends des suites d’accords, des constructions polyphoniques inconsciemment … au moment où je veux en prendre conscience, elles s’évanouissent. Que c’est dur !!! la composition ; comme on se sent impuissant souvent et trop compliqué. »
Correspondance avec F. Martin, 1947.

« …je ne sais plus ce que vaut mon travail, et il sera grand temps que tu viennes mettre un peu d’ordre et de tenue dans ma musique… Hélas, je travaille à ce festival neuchâtelois, c’est une lutte incessante pour savoir jusqu’où je puis aller dans … comment faut-il dire ! dans l’audacieux, dans l’inconnu ! Il n’en faut pas trop, il faut penser à la sonorité dans une de ces gigantesques cantines, où le son doit avoir le temps de se répandre, où tout doit être vu et entendu en grand – cela pose mille problèmes… »
Correspondance avec F. Martin, 1947.

« J’avais commencé il y a plus d’un an une grande pièce pour orchestre ; et cela est devenu … une symphonie en 4 mouvements, que j’ai terminée il y a 5 ou 6 jours. Quelle aventure !
Il me faut le grand orchestre; j’avais espéré pouvoir me contenter d’un plus petit ensemble, mais mes accords par 3 exigent les groupes de 3 ; et je mets aussi un célesta, une harpe, et un piano (je n’ai encore jamais employé la harpe dans mes compositions ! Ta symphonie m’en a donné envie) …
Mais que j’aimerais te montrer tout cela, et entendre tes remarques, avoir ton opinion ! Mon finale se termine de nouveau par une sorte de choral, mais cette fois englobé dans l’ensemble et accompagné par une manière de gigue des cordes. Il me reste encore à revoir la dernière mesure du premier mouvement, et alors, je serai vraiment au bout de la construction. Restera l’orchestration, avec ses infinies possibilités. Ce problème de l’orchestration se pose tout autrement pour une grande œuvre que pour une pièce courte ; dès la première mesure, on peut tout abîmer, ou diriger mal l’esprit de l’auditeur qui lui, doit du premier coup se sentir pris dans le mouvement général, et avoir la perspective de l’ensemble. »
Correspondance avec F. Martin, 1947.

“Personne n’est obligé de « trouver du nouveau ». Proclamer que la nouveauté est une condition de la création artistique est une absurdité. Lorsqu’on regarde, ou qu’on joue ou qu’on entend les chefs d’œuvre de Bach, Schubert, tout est nouveau dans cette musique, car elle vient d’un contact vivant (sans cesse renouvelé) avec la vie elle-même. Le nouveau ne se cherche pas, il se trouve. Le compositeur se promène dans la nature, pour absorber la chaleur, le bon air, les belles couleurs, la joie du mouvement, pour ressentir la vérité contenue dans sa relation avec le monde qui l’entoure, pour éprouver l’harmonie qui s’établit entre lui et le monde ambiant. Une fois au travail, ce qu’il aura vécu sera présent partout dans son œuvre, et s’il cherche quelque chose, ce sera à construire une œuvre bien équilibrée, bien « menée », belle à écouter et peut-être sans qu’il l’ait voulu, nouvelle, pleine de fraîcheur.
Il me semble qu’on a beaucoup trop peur de « ressembler à quelque chose », de refaire du connu. C’est une attitude fausse. Ce qu’il faut craindre, c’est de fabriquer de « l’extraordinaire » ; ce n’est pas avec la volonté qu’on fera quelque chose d’extraordinaire – l’extraordinaire vient de plus loin que cela.”
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

« Il me semble qu’il va de soi que la musique exprime la personne ; aussi le compositeur n’a pas à chercher à s’exprimer ; quoi qu’il fasse, il sera dans son œuvre, même s’il essayait de ne pas y être. Son travail, c’est de construire de la musique solide, bien équilibrée. Il doit s’oublier, il doit n’avoir qu’une pensée : faire du beau travail. C’est ridicule de vouloir parler de soi, se raconter : ça ne vaut pas la peine. »
Notes de Bernard Reichel.

« Départ d’une composition : une émotion ; conversation ; lecture ; choc ; paysage ; une musique entendue ; une commande ; un timbre ; un bruit (portail, vaisselle) ; une chanson ; une voix d’enfant ; une de ses propres compositions dont on sent un nouveau développement ; un tableau ; une architecture ; un vitrail ; quelque chose d’insolite ; un souvenir ; une image intérieure ; un geste ; la marche, etc ; les langues (rythme de la langue).
Notes de Bernard Reichel.

Conditions de vie en 1949
« …Mardi passé, naturellement, j’étais à l’écoute. C’était chez des voisins, avec un pauvre petit poste qui a eu grand peine à capter Beromünster. Hélas, ce Concerto plein de vie et de couleur était réduit à un gazouillis lointain, par moment cela enflait puis disparaissait …ô désespoir … je tendais l’oreille et l’appliquais presque contre la boîte quand subitement la sonorité grandissante me projetait en arrière. J’étais parfois sur le point de couper : mais je voulais tout entendre, accrocher tout ce que je pouvais ; j’ai ainsi une vague idée du tempo général, de la ligne, mais si approximative, si fausse, que je ne puis émettre aucun jugement ! J’attends l’exécution à Genève, dont je me réjouis énormément. Je me représentais le casino, la foule, et toi présent, il y avait d’étranges résonances, je sentais l’espace ; j’ai bien écouté les applaudissements, et ai pu imaginer tes salutations au public !… »
Correspondance avec F. Martin, 1949.

Jaques-Dalcroze Emile 1865-1950
Originaire de Sainte-Croix dans le canton de Vaud (Suisse), Emile Jaques-Dalcroze (1865-1950) est né à Vienne (Autriche). La famille s’établit à Genève dix ans plus tard. Compositeur et musicien, il effectue ses études musicales à Genève, Paris (avec Delibes et Fauré) et Vienne (avec Bruckner). C’est entre 1892 et 1910, alors qu’il enseigne l’harmonie au Conservatoire de Genève, qu’il rompt avec une approche purement théorique pour élaborer la rythmique, pédagogie interactive et pluridisciplinaire fondée sur la musicalité du mouvement et l’improvisation.
En 1910, Jaques-Dalcroze s’installe en Allemagne dans la cité-jardin de Hellerau près de Dresde, où des mécènes, les frères Dorhn, lui ont édifié un institut sur mesure. C’est dans ce laboratoire du futur qu’il poursuit ses recherches sur l’éducation musicale, le mouvement et la création artistique, matérialisées par des spectacles basés sur la scénographie révolutionnaire d’Adolphe Appia. Cette collaboration inédite attire toute l’intelligentsia européenne : Ballets russes de Diaghilev (qui s’adjoignit, en la personne de Marie Rambert,  un professeur de rythmique à l’influence décisive sur le Sacre du Printemps), Bernard Shaw, Arthur Honegger, Ernest Bloch, Le Corbusier, Paul Claudel, Stanislawski ou Ernest Ansermet, pour ne citer qu’eux. De cette expérience sont issues de nombreuses écoles de formation Jaques-Dalcroze dans le monde entier.
Site de l’institut Jaques-Dalcroze.

« En tant que maître de composition, J.D savait faire abstraction de lui-même, de ses conceptions propres, et cela d’une manière qui m’étonne quand j’y pense aujourd’hui. Loin d’imposer ses idées personnelles, il avait le pouvoir de développer chez ses élèves leur propre individualité, de les révéler à eux-mêmes dans leur ligne. Cette capacité est admirable et extrêmement rare ».
Notes de Bernard Reichel.

Dodécaphonisme
C’est en compagnie de Frank Martin, avec qui il était très lié, que Bernard Reichel approcha le dodécaphonisme. « On a essayé ensemble d’y voir clair, en ennemis que nous étions de l’intellectualisme. L’essentiel est de garder le contact avec les racines de la musique pure. »
« Une heure avec Bernard Reichel », texte de P.-O. B , 2.12.1985, Journal de Genève.

« Je ne condamne pas ce principe  à priori : je l’ai expérimenté par intérêt. Mais je ne puis me diriger dans ce sens : pour moi, l’excès de théorie freine la sensibilité. Au surplus, la série empêche la ligne mélodique simple, naturelle, que les enfants peuvent chanter, qui reste avec son contour bien défini dans l’esprit. Et puis, dans ce système, il y a au départ déjà, un effet de saturation. Voyez un vitrail : il se limite à quelques couleurs, six ou sept, au maximum. Ce n’est qu’à ce prix-là qu’il obtient sa luminosité. La surcharge des teintes le ferait paraître gris. De même une œuvre dodécaphonique me semble grise, à cause de ses douze notes simultanées. On aimerait tellement une fois entendre la treizième !.. »
Tiré de l’article de Blanche Strubin, La Tribune de Genève, 12 janvier 1962, page 32.

Eblouissement
« Je n’aime pas entendre dire qu’un compositeur, pour telle œuvre, a « choisi un style », a choisi une manière, etc. Cela ne se passe pas ainsi. Le compositeur cherche à exprimer avec exactitude et vérité ce qu’il a à dire, la manière découle de cette recherche, le « langage » se crée à mesure. S’agit-il d’exprimer un éblouissement, un éclat lumineux, je ne puis voir le compositeur se dire : « Là, je vais mettre des accords majeurs, etc ! Peut-être le passage sera-t-il fait d’accords majeurs ? Peut-être, mais pas par décision intellectuelle. – Le langage découle d’un état intérieur, d’un élan, d’une force non analysée, d’un désir, d’un regard intense lancé vers la vie, vers le ciel, la lumière. »
Notes de Bernard Reichel.

Ecrivains
Mistral, Hugo, Goethe et Dickens comptent avec C.G. Jung et Teilhard de Chardin parmi ses auteurs de base. Il aime à citer le mot du poète du Mireille:
« Tel qui me laissera libre dans ma pensés, libre dans mon parler, libre dans ma voie, libre de m’épanouir conformément à ma nature, celui-là est mon ami, et je suis son compatriote. Mais celui qui me gênera dans ma manière d’être, mais celui qui se moquera de mes larmes ou de mon rire, mais celui qui me forcera de changer mon langage, qu’ il aille au diable ! … »
Alfred Berchtold « Promenade avec Bernard Reichel ».

Enfance
« Quand je pense à mon enfance, je constate que nos parents et toute la vie familiale nous ont donné comme une assurance qu’il existe un monde autre que le monde matériel, terrestre qui nous entoure. Partout le symbole, grâce aux fêtes religieuses, à l’art, aux joies inouïes de l’esprit, par la musique, la peinture, l’architecture, la lecture ; et cette conviction s’est gravée avec une force prodigieuse dans nos cœurs. Il y a une présence insaisissable physiquement, toujours fidèle, évidente, qui fait qu’on n’est jamais seul, mais toujours « sous un regard ». Bien entendu, ce sentiment est répandu et nos amis les meilleurs le connaissent : cela donne une certaine « couleur », un certain caractère aux échanges, aux conversations, à tous les contacts. J’ai trop souvent oublié, ou laissé s’affaiblir le sentiment en moi de cette présence bienfaisante… C’est pourtant le seul fondement, le seul guide, la seule lumière pour avancer dans la vie. Ne plus sentir cette présence, c’est un abandon, c’est une erreur énorme, une faiblesse impardonnable.
C’est en lisant un petit recueil  „Weisheit des Abendlandes aus alter und neuer Zeit“ que ces pensées me sont venues. Les majuscules sont ornées, enluminées et, considérant un simple petit feuillage doré, j’ai revu tous nos anciens Noëls, j’ai retrouvé toute l’atmosphère de chaleur, de mystère, de joie intime des années d’autrefois. »
Notes de Bernard Reichel, 1964.

Exécution des œuvres
« …entre la composition elle-même et l’opinion du critique, il y a encore place pour l’exécution . L’interprète transmet. Cette transmission peut être fidèle et refléter exactement la pensée du compositeur. Mais pas nécessairement. Il peut même y avoir de grosses erreurs. L’auditeur ne peut savoir qu’il s’agit d’erreurs, s’il entend l’œuvre pour la première fois. Le critique parlera de ce qu’il a entendu, sans se dire qu’il aurait dû – par conscience professionnelle – connaître la partition avant. S’il se glisse une faute dans l’exécution d’une œuvre classique, jamais l’auditeur n’accusera Mozart ou Beethoven, mais bien l’exécutant. S’il se glisse quelque erreur dans l’exécution d’une œuvre nouvelle, c’est le compositeur qui sera accusé… »
Notes de Bernard Reichel.

Faller Charles 1891-1956
“Nous avons eu la chance de voir arriver au Locle, en 1914, un grand musicien, Charles Faller. Il était entreprenant et il réussit à créer une vie musicale intense avec les moyens de bord, assez restreints.
Faller me mettait à contribution pour copier les parties, réaliser les continuo, diriger parfois des répétitions (j’avais une peur horrible…), tenir l’orgue au concert, bref, c’était un apprentissage par la pratique. Certes, ce n’était pas la perfection que l’on connaît de nos jours. Mais il y avait l’enthousiasme et toute la population participait. J’ai souvent pensé depuis lors qu’une certaine imperfection vivante vaut mieux qu’une perfection morte. »
Notes de Bernard Reichel.

C’est en 1915, à l’âge de 24 ans à peine, que Charles Faller débarqua au Locle pour y tenir les orgues du Temple français. Il avait fait à Genève de brillantes mais libres études, reçu en 1910, à 19 ans, le Prix de la Société des musiciens suisses, exercé son art à Lyon. Elève de Marie Chassevant, Otto Barblan, Emile Jaques-Dalcroze, Faller avait, selon l’expression de l’inventeur de la rythmique, une ambition passionnée : ” musicaliser ” un village, une ville, une région. C’est précisément ce qu’il fit au Locle d’abord, puis à La Chaux-de-Fonds, autrement dit dans les montagnes neuchâteloises. Il fonda la Société de musique et la Chorale mixte du Locle, réformant le chant sacré et introduisant l’étude et l’exécution des grandes œuvres du répertoire classique, Bach et Haendel en tout premier lieu. Appelé à diriger la Société Chorale de La Chaux-de-Fonds, il s’y fixa et de là créa le Conservatoire de cette ville avec sa filiale l’Ecole de musique du Locle. Dès lors, les Hauts neuchâtelois possédaient leur centre d’enseignement et d’exécution musical permettant la formation de professionnels et de ces bons amateurs dont tous les ensembles, qu’ils soient symphoniques, de chambre, choraux, voire de fanfare, ont un besoin constant. …. Entre temps, cet infatigable pédagogue, musicien et organiste (depuis 1929 au clavier de la Cathédrale de Lausanne dont il organisa la chorale et les concerts) réussit à composer trois orgues nouveaux, au Locle, à Lausanne et enfin à la Salle de musique de La Chaux-de-Fonds. …
Ordiecole.com : Charles Faller, parJean-Marie Nussbaum.

Génie
“Le génie des grands artistes, ce n’est pas l’habileté ou la maîtrise technique, ce n’est pas d’avoir trouvé du « nouveau », c’est d’avoir obéi à une force 1000 fois supérieure à eux-mêmes et d’avoir transmis le message exactement.
Cela est exprimé merveilleusement par le tableau de Rembrandt, St Matthieu écrivant sous la dictée de l’ange.
Ecouter l’ange, ce n’est pas toujours si facile … Il faut faire le silence en soi, il faut redevenir comme le petit enfant, il faut attendre avec une patience infinie que ce que dit l’ange soit perçu bien clairement. De là la nécessité d’un grand silence, d’une grande solitude.”
Notes de Bernard Reichel.

Honegger Arthur
Autre moteur privilégié de la vie de cet homme dont aucun propos ne laisse indifférent, c’est la découverte d’Arthur Honegger. « Grâce à lui j’ai fait un saut dans la musique libérée du classicisme. Mais sans jamais tomber dans les aventures d’un art qui a emprunté d’étranges chemins. Dès que la musique « ne parle plus du tout à l’être humain, elle devient gigantesque déraillement. Pourquoi cet aveuglement ? »
« Une heure avec Bernard Reichel » texte de P.-O. B, 2.12.1985, Journal de Genève.

« Mon séjour à Paris se situe à l’époque du Roi David ; Honegger était alors en pleine forme. »
Ttiré de l’article de Blanche Strubin, La Tribune de Genève, 12 janvier 1962, page 32.

Humour
” (….) Bernard Reichel n’a pas la bonté du faible, mais cette clarté du regard qui en appelle en quelque sorte au meilleur moi de son interlocuteur et qui nettoie l’atmosphère où s’établira l’entretien. S’il a le sens de la nuance, le sens de l’autre, l’esprit d’accueil, il a surtout le don de l’humour libérateur. Et l’on voudrait voir rééditer ses compositions graphiques (ses bandes dessinées) d’un authentique héritier de Toepffer: Le Tombeau de Basile et Le Martyre de Sébastien conçues en collaboration avec Frank Martin et Eric Schmidt. Cet humour qui se manifestait déjà dans les Chants Indiens du festival du Locle en 1931, éclate, pétille dans ses Goethe-Lieder, notamment dans le chant des grenouilles et la Katzenpastete. Il lui permet de goûter comme elles le méritent les paraboles hassidiques, déconcertantes pour certaines âmes religieuses un peu timorées.”
Alfred Berchtold. «Promenade avec Bernard Reichel».

Lettre de Bernard Reichel à M-J.E à la suite d’un concert anniversaire à la Cathédrale de Genève:
Lutry, Vendredi
Chère M-J
Ta lettre nous a amené une bonne bouffée de santé, d’humour, de bon sens et autres choses excellentes pour la santé du corps et de l’âme : nous te disons un grand merci de six toises de long et de 22 coudées de large.
En sortant de la belle Cathédrale, nous nous sommes dépêchés d’oublier la fin du concert, car tant de « petits bruits » à la suite les uns des autres étaient une curieuse épreuve dont on se serait gaillardement passé, et formaient une malheureuse contradiction avec les beaux discours qui avaient précédé.
Je vois dans mon dictionnaire des synonymes que le mot « inutile » a aussi le sens de improductif, inefficace, infécond, infructueux, insignifiant, négligeable, stérile, superflu, vain, oiseux, sans objet, futile, gering, wertlos, unbetentent, unfructbar, unergiebig, nutzlos, vergeblich, et en labradorien bouvachk, et en javanais lumichzwolangnangtokeri. Tous ces mots m’ont occupés l’esprit pendant la longue chose ennuyeuse et m’ont aidé à passer le temps. Tu as remarqué à la 27ème mesure, comme c’était beau lorsque le tambour et la cymbale ont fait une ébouriffante modulation de do bémol mineur à la double dièze, mineure aussi. Ça, ça compte et on s’en souvient. Evidemment on aurait mieux fait de faire chanter un peu de musique à ces enfants. Il faudra y penser lors du centenaire.
….
Mais après tout ça, aller à une réception…D’ailleurs, je ne puis plus veiller, je garde mes forces pour composer et admirer les couchers de soleil.
En rentrant, en compagnie des Junod, nous avons éclaté de rire neuf fois et avons dormi comme des diables d’anges que nous sommes.
Bernard.
Lettre à M-J.E, Journal de l‘institut J.Dalcroze. 1993.

Le Tombeau de Monsieur Basile
En 1933, Frank Martin et Bernard Reichel imaginèrent une histoire “humoristico-tragique” Le Tombeau de Monsieur Basile . Bernard fit les dessins et Frank Martin écrivit le texte.
Ils réalisèrent le tout sur du papier-calque, dont on fit des tirages héliographiques. Ce petit album est inspiré des albums de Rodolphe Toepffer.

Dans le même esprit : Le Martyre de Sébastien avec des textes de Eric Schmidt
Tous deux aux éditions Slatkine.

Illusions
« Après l’audition de mon Te Deum, j’ai cru que cette œuvre intéresserait d’autres ensembles, d’autres chefs de chœur, d’autres musiciens. Rien ! Quelques amis ont écouté l’enregistrement, quelques-uns ont désiré l’entendre encore une fois, deux fois. Puis le temps a passé, on n’en parle plus. Œuvre d’un moment. Ce Te Deum a juste joué son rôle. Joie d’un moment. Cela est bien. Maintenant, je n’en suis pas encombré. J’ai la preuve qu’il a vécu, qu’il a parlé, dit ce qu’il avait à dire, qu’il pourrait ressortir de l’ombre, de la nuit. Peut-être apparaîtra-t-il comme nécessaire un jour. Je réfléchirai à quoi tient la disparition d’une œuvre. Certains de ses éléments sont étrangers aux préoccupations du monde actuel. Peut-être une place trop grande accordée aux solistes ?
Je viens de relire des lettres d’amis après l’exécution du Te Deum. Je vois des êtres si profondément touchés, émus par cette musique ! Cela me redonne confiance. »
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

Improvisation
B.S :comment peut-on enseigner l’improvisation ? cela semble bien paradoxal !
« On apprend à l’élève à réaliser directement à l’instrument, des basses chiffrées, à harmoniser des mélodies. Cela développe énormément l’oreille. Mais il faut bien reconnaître que les élèves qui y réussissent le mieux sont ceux qui ont pratiqué cette matière tout petits déjà. Il faut d’ailleurs laisser à l’enfant l’occasion de « pianoter » autant que possible : il éveille ainsi, tout en jouant, sa sensibilité musicale . »
Tiré de l’article de Blanche Strubin, La Tribune de Genève, 12 janvier 1962, page 32.

Influences
« L’enseignement de J. Dalcroze m’a permis d’explorer le domaine du rythme, de me libérer dans ce sens-là.
D’autre part, en tant que maître de composition, J. D savait faire abstraction de lui-même, de ses conceptions propres, et cela d’une manière qui m’étonne quand j’y pense aujourd’hui. Loin d’imposer ses idées personnelles, il avait le pouvoir de développer chez ses élèves leur propre individualité, des les révéler à eux-mêmes dans leur ligne. Cette capacité est admirable et extrêmement rare. Dans le domaine de l’harmonie et de la mélodie, j’ai subi d’autres influences : j’ai beaucoup pratiqué le choral, la mélopée grégorienne, le chant populaire ; c’est le fonds auquel puise principalement ma musique. »
Tiré de l’article de Blanche Strubin, La Tribune de Genève, 12 janvier 1962, page 32.

« Influences : le peintre Th.Bosshard, qui était mon cousin, le sculpteur Henry König, et bien sûr Frank Martin, le musicien, dont je fus le plus proche. »
Gazette de Lausanne, Jean-Claude Poulin, 2 avril 1977.

Intensité
« En toutes choses, la quantité n’a aucune importance. Ce qui importe, c’est l’intensité. Beaucoup de grands hommes, d’autrefois (Goethe), d’aujourd’hui (Bosshard) ont relativement peu voyagé (peu en comparaison de ce que tout le monde fait, ou peut faire aujourd’hui). Pour un être réceptif, imaginatif, créateur, une vision fugitive peut être la source d’un vaste ensemble, d’un magnifique développement, d’une puissance infiniment riche, colorée, dense. Bien des gens font le tour du monde et il n’en reste rien. D’autres sont comblés par quelques pas dans la maison. »
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

Joie
Une des premières oeuvres composées par Bernard Reichel, en 1917, s’intitule Dies est laetitiae. Oui, on l’a vu, c’est à la Joie qu’est vouée l’oeuvre d’un homme que l’épreuve n’a pas épargné…
. …Et surtout, plus profondément encore, nous émeut ce chant pur, nourri d’une intense vie intérieure, qui dans presque toutes ses grandes oeuvres, s’élève soudain: violon, hautbois, ou voix humaine. Le chant de l’âme inquiète et apaisée.
Alfred Berchtold  « Promenade avec Bernard Reichel ».

Sa musique est l’expression de sa vie intérieure. Plus qu’à capter l’instant qui passe, elle vise à une sorte de pérennité. Ses ancêtres de la Forêt-Noire ou de la Silésie parlent peut-être encore pour lui. Son langage est moderne, mais je l’imagine volontiers comme un de ces musiciens du nord de l’Allemagne aux XVIIe ou XVIIIe siècles pour qui la foi était un élément naturel, et leur art n’existant que pour célébrer la gloire de Dieu.
Roger Boss, Revue musicale de Suisse Romand, oct 1991.

« Qu’on ait pu affirmer vers 1920 que la Musique « n’exprime rien » me paraît une aberration !
La vie musicale d’alors était tellement différente de celle d’aujourd’hui. Si on désirait de la musique, il fallait la faire soi-même (point d’enregistrements, de disques, de radios, etc). J’ai entendu pour la première fois un orchestre à l’âge de 17 ans : habitant Le Locle, j’étais monté à La Chaux -de -Fonds pour un concert donné par l’orchestre de Bâle. Il est entendu que je connaissais à fond les symphonies classiques transcrites pour 4 mains, et ce fut une joie inouïe d’entendre la 2ème symphonie de Beethoven et le concerto pour violon de Mendelssohn, joués par l’orchestre ! Joie de l’oreille qui m’ouvrait de nouveaux horizons. »

La musique est un langage, elle porte une pensée, un sentiment ; elle doit entrer dans le cœur des auditeurs, comme une présence amie, un regard ami. Et ne jamais croire qu’une prouesse technique a une valeur quelconque quant à l’apport de l’œuvre. Il est entendu que le compositeur doit être un bon technicien, mais cela doit aller de soi ; c’est tout autre chose que la musique doit manifester, c’est l’ouverture sur le monde intérieur, sur l’illumination de l’âme. C’est la Joie. S’il n’y a pas la Joie, le silence vaut mieux.”
Notes de Bernard Reichel.

« Il nous faut des porteurs de joie et, chaque année à nouveau, dans le tumulte du déconcertant aujourd’hui, notre cœur attend le chant désarmé du pipeau de Noël. »
Alfred Berchtold « Promenade avec Bernard Reichel ».

Junod Robert 1902-1991
Robert Junod est né à Genève où il a enseigné pendant près de quarante ans la philosophie et la littérature. Auteur d’ouvrages philosophiques et pamphlétaires (« Les Eglises trahissent Dieu et trompent les hommes » aux éditions Perret-Gentil), « la Vision du Divin » et « les Grâces » aux éditions de la Baconnière), il s’est également fait connaître, à diverses reprises, par ses activités en faveur des objecteurs de conscience et au sein des mouvements pacifistes.
Petite bibliographie au dos de son livre : « Eprouver l’existence de Dieu avant de la prouver », Ed L’Age d’Homme.

Langage musical
« Les musiciens ont de la chance : le langage musical est non-intellectuel, il exprime directement, sans passer par la lourdeur des mots, ce qu’il y a de plus intérieur.
Et quelle précision dans un thème musical ! On ne pourrait changer une note dans une fugue de Bach, sans fausser quelque chose. Je comprends que les peintres cherchent à rejoindre la musique en utilisant le « non-figuratif », mais encore, les meilleurs montrent des objets, mais en attirant l’attention sur tout autre chose ; c’est une des merveilles de la peinture : réveiller un monde intérieur, en passant par le dessin et les formes d’objets divers qui ne sont eux-mêmes que le chemin . La grande musique nous mène au plus profond, au plus vrai, à la lumière la plus éclatante. C’est la grande musique, celle qui utilise les mêmes moyens depuis des siècles : ligne mélodique, proportions harmonieuses dans les rythmes, ordre tonal. On est loin du bruit, à l’opposé du bruit. Et si le bruit peut à l’occasion entrer dans la construction musicale, c’est qu’il n’est plus vraiment bruit, c’est qu’il rejoint la sonorité organisée, c’est qu’il entre dans la famille de la mélodie et de l’harmonie. »
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

Lemgo
Au hasard d’un congrès de musique d’église à Berne en 1952, Bernard Reichel rencontre le Kantor Walter Schmidt, directeur de la Kantorei de Lemgo en Allemagne (Westphalie).
On y avait créé son « Hymne à Jésus-Christ » et depuis lors, il sera presque plus joué à Lemgo qu’à Lausanne. Une amitié et une complicité musicale étaient nées.
Tiré du programme de concert à l’église St François à Lausanne à l’occasion du 80ème anniversaire du compositeur. Myriam Thétaz-Gramegna.

« Notre voyage s’est passé au mieux, tout facilement. Nous avons été reçu le plus gentiment du monde à Lemgo… on nous a soigné splendidement. Et le Kantor Schmidt a été de nouveau dans sa plus belle forme pour diriger les concerts. C’était fantastique d’entendre mon Magnificat résonner dans la Marienkirche, chanté impeccablement a capella, sans détonner d’un millième de ton, avec les voix tout simplement angéliques de la Kantorei. Les chanteurs ne sont pas des professionnels, mais ils prennent tous des leçons de chant avec le même professeur et ils répètent tant que cela est nécessaire. Plusieurs grandes œuvres ont été données avec orchestre (orchestre de chambre de Hambourg) ; il y a même eu une Messe de Mozart au culte du dimanche matin ; puis une Messe de Haydn, la Messe du Couronnement de Mozart, un Te Deum de Michaël Hayen, le Gloria de Vivaldi, etc, etc ; une avalanche de belles œuvres ; tout cela dans une atmosphère joyeuse et enthousiaste qu’on prolonge maintenant en soi – ce qui est bien nécessaire pour la vie de tous les jours dans notre bonne ville de Genève !. »
Correspondance avec F. Martin, 1956.

Et surtout, plus profondément encore, nous émeut ce chant pur, nourri d’une intense vie intérieure, qui dans presque toutes ses grandes oeuvres s’élève soudain: violon, hautbois, ou voix humaine. Le chant de l’âme inquiète et apaisée.
Pas de plus beau symbole du sens de l’oeuvre d’art que celui-ci. C’est pour la Marienkirche de Lemgo libérée de la boue qui l’envahissait depuis des siècles que Bernard Reichel a composé son Gloria.
Alfred Berchtold «  Promenade avec Bernard Reichel ».

Musique religieuse
« La musique est simplement musique, c’est-à-dire expression de la vie humaine sous tous ses aspects.
Elle peut manifester certains caractères : solidité – équilibre – joie ou crainte – harmonie entre tous ses éléments – assurance, profondeur, etc qui correspondent aux buts du culte chrétien (qui doit aider l’homme à accomplir au plus haut point sa vocation d’homme, grâce à un juste équilibre entre les éléments qui constituent la personne humaine).
Une musique dont le caractère est la morbidité, la mollesse, le relâchement, la sentimentalité, une exagération de l’expression individuelle, ne peut entrer dans le cadre de la musique d’église.
La personnalité du compositeur s’exprime toujours dans sa musique qu’il le veuille ou non. C’est pourquoi, si l’homme a en lui la grandeur, la puissance, la générosité, la foi, ces qualités se retrouveront dans ses œuvres quelles qu’elles soient. (Bach, dans ses suites, danses, etc). Une pièce comme l’Aria de la Suite en Ré est au plus haut point de la musique religieuse, mais sans aucune intention de la part de Bach. Il a simplement composé un mouvement lent pour sa Suite.
De même, dans les suites de danses anciennes, que de pièces sans but religieux, sont par leur expression, de la musique digne du culte, alors que des centaines de cantiques composés par des hommes pleins de bonnes intentions et eux-mêmes profondément religieux, ne valent rien et sont uniquement des produits douteux de leur sentimentalité.
Si beaucoup de danses anciennes ont les qualités requises par la célébration du culte, c’est qu’elles possèdent un équilibre absolu entre l’élément physique (le rythme) et l’élément spirituel (mélodie – harmonie). De là leur expression saine et positive.
Il est rare que la danse actuelle possède la même qualité car le physique l’emporte de beaucoup sur le spirituel. De là leur pauvreté.
La musique d’église doit être à un niveau élevé, musicalement parlant (si elle est vocale, les plus belles paroles ne la relèvent pas).
Toute musique peut être à sa place dans le culte, à condition qu’elle ne contienne aucune vulgarité, qu’elle n’éveille aucune association d’idées malsaines, que l’élément spirituel l’emporte sur l’élément matériel.
On ne s’improvise pas compositeur …
Les cantiques du réveil et tous ceux qui leur ressemblent n’ont aucune valeur, car ils sont uniquement l’expression d’une sentimentalité qui n’a rien à voir avec le sentiment religieux.
La perfection esthétique est indispensable, mais n’est en rien le but de la musique.
Au moment où le compositeur travaille, il a uniquement pour but de faire de la bonne musique , dans quelque genre que ce soit. Il met le même soin à un scherzo symphonique qu’à un choral fugué – le scherzo sera à sa place au concert, le choral au culte. »
Notes de Bernard Reichel.

« La musique promue au niveau de musique religieuse a pour but d’élever l’être dans le sens spirituel. »
Notes de Bernard Reichel.

Musique profane
Il ne faudrait cependant pas limiter le rayonnement de Reichel à la musique d’église même si souvent son langage reste serein, contemplatif et recueilli. Nous dirons également que, chez lui la distinction « musique profane » et « musique religieuse » ne sépare en fait que la destination des œuvres, les circonstances auxquelles elles doivent appartenir, car une ferme unité de style réunit les deux expressions musicales, en effet, Reichel ne désire pas que, d’une façon presque automatique, la musique religieuse revête soit d’un sérieux quasi officiel, soit d’une solennité obligatoire. Ainsi, de tel ou tel fragment de cantate peut se dégager librement un rythme actif, un message capital mais joyeux, chaleureux, positif. De même, plus d’un texte considéré comme profane peut imposer un discours musical plus grave et proche du sentiment religieux.
Jean-Louis Matthey Préface de l’inventaire du Fonds musical Bernard Reichel déposé à la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne, département de la Musique en 1974.

Organiste
Bien avant vingt ans, Bernard Reichel se met à composer et fait office d’organiste aux Eplatures. En ces années de guerre, il n’y a pas de train le dimanche, et le trajet d’une heure en partant du Locle se fait souvent par moins 20 degrés. Salubre apprentissage, et qui convient mieux au jeune homme que l’atelier de bijouterie tôt abandonné. Organiste, Reichel le sera pendant près de 50 ans à Genève, au Petit-Saconnex d’abord, puis à Chêne-Bougeries et enfin aux Eaux-Vives, dont la paroisse reconnaissante l’a honoré en novembre 1969 par l’organisation d’une semaine consacrée à l’audition de ses oeuvres. L’orgue, pourrait-on dire, c’est la part de la tradition dans la vie de Bernard Reichel, c’est le contact avec le trésor des chorals du passé. »
Alfred Berchtold, « Promenade avec Bernard Reichel »

…titulaire des orgues de la paroisse des Eplatures, puis du Petit-Saconnex, de Chêne-Bougeries et des Eaux-Vives, Reichel a consacré plusieurs recueils à son instrument. Il a dans un esprit de franche collégialité dédié plusieurs pages à des amis organistes comme Kurt Wolfgang Senn, Pierre Segond, André Mercier, Hans Balmer et André Luy. Membre fondateur de l’Association des organistes protestants romands, il a toute sa vie œuvré pour défendre le rôle de la musique dans le culte et la vie paroissiale.
Fonds musical Bernard Reichel, 1974, Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne.
Extraits de l’Avant-propos de l’inventaire rédigé par Jean-Louis Matthey.

Professeur
C’est en suivant un cours d’harmonie que je fis sa connaissance. Je me souviens que, lors d’une leçon où Reichel avait apporté « le Roi David » d’Honegger pour nous en expliquer l’harmonie, désirant nous initier à la musique « moderne » (à l’époque !) l’enthousiasme avait été général. Pour moi ce fut un coup de foudre ! L’harmonie, auparavant rébarbative, m’apparut comme un dialogue clair, aussi captivant qu’une palette de peintre…
Pendant plusieurs années, il nous tint en haleine en analysant une gamme complète d’oeuvres à travers le chant grégorien, la Renaissance, les musiques baroque, classique, romantique et moderne jusqu’à Strawinsky ; ceci agrémenté d’anecdotes se rapportant toujours à des domaines variés, tels que la littérature (La Chanson de Roland, Dante, Goethe, Peguy, Ramuz, Rilke), la peinture (Giotto, Le Greco, Manet, Van Gogh, Matisse, Bonnard, Toepffer), la sculpture (Rodin), l’architecture (spécialement les arts romans et gothiques), sans oublier les grands mystiques (St Augustin, Teilhard de Chardin, le Père de Foucauld, la Bible) tout étant source d’inspiration.
Florence Sechehaye, Journal de l’Institut J. Dalcroze, 1993.

L’équilibre des phrases … : chose nécessaire et mystérieuse, qui transcende les règles… !
Pour nous aider à pénétrer le secret de ce composé de rigueur et de liberté, il nous lit quelques passages des Entretiens sur l’architecture de Viollet- le – Duc, il nous déclame des poèmes de Victor Hugo, et il nous laisse ces mots impérissables : « Ta phrase, vois-tu, elle doit pouvoir se poser…comme une mouette sur un rocher… ».
Les vraies leçons tiennent en peu de mots ; celles de Bernard Reichel avaient pour noms simplicité, authenticité, nécessité, générosité …
Marie-Laure Bachmann, Journal de l’Institut J. Dalcroze, 1993.

Sur le plan musical, je dois beaucoup à l’ami Bernard Reichel. Personne ne m’a expliqué, mieux que lui, l’origine d’une sixte augmentée ou les pouvoirs multiples de l’accord diminué. Nous avions ensemble des conversations passionnantes concernant l’harmonie ou la construction d’une œuvre, qu’il s’agisse de Bach, Reichel, Fauré ou Schumann.
Il y a quelques années, je lui faisais remarquer que nous disposions de nombreuses Basses de lui à harmoniser, mais que les Mélodies manquaient un peu. Quatre jours plus tard, il en avait composé cent- vingt ! (sur lesquelles nous travaillons toujours).
Bernard Reichel demeure vivant parmi nous par ses lettres, par son œuvre et l’exemple qu’il nous laisse d’une existence entièrement vouée à la Musique.
Comme tout compositeur digne de ce nom (je pense en particulier à son cher ami Frank Martin), Reichel a connu des heures de doute et des périodes d’aridité. Mais quelle joie illuminait son clair visage lorsque des interprètes amis révélaient une de ses œuvres à un public réceptif ; quelle satisfaction aussi du pédagogue livrant les secrets de sa riche expérience à des élèves sensibles et curieux d’esprit !
L’institut Jaques-Dalcroze et le Conservatoire de Musique de Genève ont bénéficié – durant de nombreuses années – de son enseignement si vivant de l’harmonie et de l’improvisation. La rigueur laissait la place à la formation du goût et à l’éveil de l’imagination. Mais la grande leçon que nous pouvons tous tirer, pensant à Bernard Reichel, c’est une constante pratique des œuvres des grands maîtres, qu’il s’agit d’approfondir, jouer, analyser ou écouter sans jamais se lasser et avec un cœur toujours jeune.
Christiane Montandon, 2 octobre 1993, Journal de l’Institut Jaques Dalcroze : » Autour de Bernard Reichel, souvenirs et impressions ».

« J’ai poursuivi mes études musicales entre autre avec Bernard Reichel. Je lui dois beaucoup. Il m’a conduit sur le chemin que je cherchais. Avec lui, j’ai pris conscience de la responsabilité du compositeur.
Michel Hostettler, La Revue des Cèdres no 34, « Des moments rares… », p 71.

Rythme
« La musique qui n’a pas une forme rythmique bien dessinée est ennuyeuse. C’est le rythme bien équilibré, bien « balancé », net de construction qui donne l’affirmation. La musique qui ressemble à des vagues improvisations rêveuses n’apporte rien … »
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

« La musique – comme l’art en général – qui apporte la paix est celle qui est bien construite, équilibrée, se développant comme un discours logique, riche de vie, de couleurs, d’expression contenue dans la mélodie et l’harmonie. Timbres, nuances sont des éléments de la musique, nécessaires, mais en seconde ligne. Les éléments essentiels sont le rythme et le son. La construction fondamentale réside dans les sons d’une certaine hauteur et d’une certaine durée. Les timbres et les nuances peuvent varier à l’infini : on voit cela dans les pièces d’orgue qui peuvent être registrées de vingt manières différentes (ce qui arrive par la force des choses, car il n’y a pas deux orgues absolument pareils).
Les vrais chefs d’œuvres sont relativement faciles à mémoriser. Ils ressemblent à des phénomènes naturels. L’artiste peut rejoindre la nature – une période, une phrase appelle la suivante. »
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

Schubert Franz
« 13 septembre 1986
Entendu à la radio, les trois premiers mouvements du Quintette de Schubert, magnifiquement joués par le quatuor Sine Nomine plus Fr. Guye.
C’est une œuvre qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, comme richesse d’expression, comme intensité d’âme, de présence humaine… Où Schubert a-t-il pu trouver tout ce monde de vie intérieure, et quelle puissance, quelle force a-t-il dû sentir en lui, pour écrire tout cela avec quelle sûreté, quelle perfection, quelle beauté dans la construction et dans l’emploi des cinq instruments !
Presque toujours, chez les grands classiques, on s’est d’abord placé dans un monde riche de thèmes, de modulations, de contrastes parfois, un univers, une attente. C’est ensuite qu’apparaît la perle rare, le grand thème, le visage nouveau, tout autre, pleinement exposé, parfois longuement présenté (Schubert), lui qui forme un tout, comme un morceau dans l’ensemble – personnage apparaissant dans toute sa plénitude. »
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

Tonalité
« C’est la Tonalité qui a permis les constructions telles que l’« Héroïque « ou la « Jupiter » ou les immensités wagnériennes. La tonalité est la force attractive, le ciment de l’ensemble d’une œuvre. C’est le centre du système comme le soleil. »
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

Vérité
« Lorsqu’on entreprend une nouvelle composition, ne penser qu’à cette nouvelle œuvre, et l’accepter comme elle vient. Les réflexions et les comparaisons, tout ce qui touche aux connaissances culturelles n’ont que faire à ce moment. C’est le « fond de l’être » qui s’exprime. Il n’y a qu’à écouter et choisir ce qui est vrai, c’est comme un « tri », car tout vient, il faut veiller à la plus haute qualité. »
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

« Si j’étais plus jeune, j’aurais encore la force de composer … alors je laisserais de côté complètement toute préoccupation intellectuelle, écrivant uniquement ce qui me paraîtrait véridique, sans une préoccupation de ressemblances, de rappels de choses connues. Si l’on écoute attentivement ce qui vit dans le fond de notre être, il n’y a aucun danger d’imiter, de copier, de refaire du « déjà fait », car la vie ne se répète pas : ce qu’on fait avec toute son âme ne peut être du « déjà fait ».
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

« Lorsque je vois l’état actuel de la musique, le goût de ces musiciens qui écrivent de curieuses choses sans viser à la beauté, à l’équilibre, à une solidité d’ensemble et une logique quelconque, je me demande par moment ce que je fais par là … Ma pauvre musique est d’un âge passé, mais elle est je crois, du moins je l’espère, « musicale », c’est-à-dire qu’elle communique une vérité, qu’elle « parle » un langage compréhensible pour les autres, saisissable plutôt, et que tous les sentiments exprimés dans ma musique sont nettement perceptibles par ceux qui l’écoutent…
Un orchestre, composé de cent musiciens qui produisent les bruits les plus divers avec leurs instruments, n’est encore qu’une mare stagnante comparé à un petit enfant chantant une simple chanson populaire : là est la Musique toute simple mais vraie. »
Notes de Bernard Reichel, Lutry, 1985.

Fonds Reichel par Jean-Louis Matthey

Jean-Louis Matthey, ancien directeur des archives musicales de la Bibliothèque cantonale et universitaire, Lausanne

Avant-propos de l’inventaire du Fonds musical Bernard Reichel
déposé à la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne, département de la Musique en 1974.

« C’est un rare privilège pour une bibliothèque d’accueillir du vivant d’un compositeur son œuvre quasi complète et d’ordonner celle-ci avec lui. Ce privilège a été accordé à la BCU qui abrite maintenant le Fonds Bernard Reichel totalement séparé des autres collections d’archives musicales conservées à la bibliothèque. En effet, le compositeur vaudois, bien qu’ayant vécu à Genève, a décidé de remettre à la BCU toute son œuvre en janvier 1974. Il nous a donc été possible d’entreprendre aussitôt le catalogage et le classement de ces documents sous son regard, dans un parfait esprit de collaboration. Nous aimerions remercier ici Bernard Reichel des nombreux conseils qu’il nous a apportés tout au long de la rédaction de l’inventaire que nous publions aujourd’hui.

Avec la constitution d’un Fonds Bernard Reichel, nous entrons en possession d’une œuvre bien connue qui frappe par l’unité de son message, mais aussi par la diversité des genres. Fils de pasteur, ayant mis très tôt sa plume au service d’un idéal religieux vécu, Bernard Reichel s’inscrit dans la tradition de la musique spirituelle. …l’œuvre personnelle de Bernard Reichel s’affirme au premier plan de l’activité musicale créatrice de la Suisse romande. La collection de programmes qui nous a été remise témoigne de la vitalité de cette œuvre, présente aussi dans plusieurs recueils scolaires et le nouveau psautier romand.

La musique religieuse de Reichel tient évidemment la première place. On y trouve des cantates, des oratorios, des messes, des chœurs de femmes ou de jeunes filles, des chœurs d’enfants et des pièces isolées où seule une voix dialogue avec l’orgue. Aux formations chorales s’ajoutent fréquemment l’orchestre complet ou simplement les cuivres nobles, comme pour nous rappeler que, à l’ invitation des Psaumes, voix et instruments unissent leur langage au service du même idéal.

Titulaire des orgues de la paroisse des Eplatures, puis du Petit-Saconnex, de Chêne-Bougeries et des Eaux-Vives, Reichel a consacré plusieurs recueils à son instrument. Il a dans un esprit de franche collégialité dédié plusieurs pages à des amis organistes comme Kurt Wolfgang Senn, Pierre Segond, André Mercier, Hans Balmer et André Luy. Membre fondateur de l’Association des organistes protestants romands, il a toute sa vie œuvré pour défendre le rôle de la musique dans le culte et la vie paroissiale.

Il ne faudrait cependant pas limiter le rayonnement de Reichel à la musique d’église même si souvent son langage reste serein, contemplatif et recueilli. Nous dirons également que, chez lui la distinction « musique profane » et « musique religieuse » ne sépare en fait que la destination des œuvres, les circonstances auxquelles elles doivent appartenir, car une ferme unité de style réunit les deux expressions musicales, en effet, Reichel ne désire pas que, d’une façon presque automatique, la musique religieuse revête soit d’un sérieux quasi officiel, soit d’une solennité obligatoire. Ainsi, de tel ou tel fragment de cantate peut se dégager librement un rythme actif, un message capital mais joyeux, chaleureux, positif. De même, plus d’un texte considéré comme profane peut imposer un discours musical plus grave et proche du sentiment religieux.

Nous voulons aussi souligner la qualité des textes des pages profanes de Bernard Reichel. C’est dire que la complicité de la phrase et de son enveloppe sonore soumise à son sens est chez lui une constante préoccupation. La littérature et la peinture font partie de sa haute culture. De descendance silésienne par son père et provençale par sa mère, Reichel retient les textes les plus divers. Parmi les auteurs qu’il a mis en musique, citons Anacréon, Ronsard, Hugo, Francis James, Paul Fort et Vio Martin. Mais ne nous confiait-il pas que parmi les écrivains dont il emporterait les œuvres sur une île déserte figurent en tout cas Hugo et Goethe ! La langue allemande, dont il apprécie spécialement la coupe rythmique si musicale, a souvent inspiré Bernard Reichel, soit dans des textes bibliques, soit, par exemple, dans ses « Goethelieder » pour 4 voix et piano à 4 mains. Il a, d’autre part, composé sur des textes latins ou de vieux français.

A la suite des œuvres chorales, notons maintenant la présence des œuvres instrumentales. Reichel a réuni des formations peu courantes. Il y a naturellement ses pièces pour piano et pour clavecin mais aussi ses quatuors pour ensemble de pipeaux, deux sonates pour trompette et orgue ou cor et orgue, un quatuor de cors, des pièces pour deux trombones et orgue. Chez Reichel, le quatuor de cuivres composé de deux trompettes et de deux trombones s’adjoint volontiers aux formations chorales à la manière de Monteverdi ou Schütz. Deux maîtres auxquels il confère une royale autorité.

Parmi les œuvres proprement de musique de chambre, citons le duo pour violoncelle et piano dédié à son ami Frank Martin, son trio pour flûte, violoncelle et piano et ses sonates en trio qui, en hommage à la tradition baroque, renforce la flûte, le hautbois et le clavecin d’un basson ou d’un violoncelle pour mieux dessiner la basse à la manière d’un continuo. D’autres œuvres de chambre demandent le concours d’un alto, d’une clarinette, d’une épinette ou rassemblent un trio à cordes et un quatuor avec piano.

A mi chemin des petites formations de chambre et de celles d’orchestre, nous découvrons trois œuvres originales. Une partition que l’élève a dédié à son professeur Emile Jaques Dalcroze, le « prélude pastoral » pour 2 flûtes, 1 hautbois, 2 cors, 2 clarinettes, 2 bassons et timbales. Dans des couleurs semblables, il a aussi composé un octuor pour instruments à vent à l’instigation de la Ville de Genève.
En 1938, il achevait son octuor pour 2 violons, alto, saxophone ténor, trompette, trombone, contrebasse et piano, une œuvre dont l’ instrumentation hétéroclite aurait volontiers retenu l’attention de Stravinski ou de Prokofiev.

Quant à l’orchestre, Bernard Reichel lui a accordé plusieurs œuvres d’envergure. Rendons hommage à la fondation « Pro Helveltia » qui lui a commandé sa Symphonie numéro 1, plus connue sous le titre de « Tryptique symphonique ». A la demande de l’orchestre symphonique de Louisville, Reichel a composé sa « Suite symphonique ». Le grand orchestre de Bernard Reichel joue sur toute la palette des timbres. Il accorde, cependant, une place toute choisie aux cuivres, au célesta, à la harpe, aux percussions accessoires et aux timbales auxquelles il propose volontiers des motifs rythmiques à ciseler.

Nous relevons, au sujet de l’orchestre, que Reichel lui confie un rôle très actif et délicat notamment dans son « Concertino pour piano et orchestre » et sa « Pièce concertante pour flûte et orchestre » indirectement inspirée par un entretien que le compositeur avait eu avec le peintre R.Th.Bosshard. Plus d’un chef d’orchestre a apprécié dans ces deux partitions le commentaire orchestral développé.

Pour en terminer avec ce bref survol de la production de notre compositeur, il est temps de faire allusion à sa musique de scène. Depuis le début de sa carrière, il a cultivé ce genre qui, chez lui, va du festival populaire, du discours musical au service de l’évocation mimée, en passant par le jeu biblique ou, par exemple son « commentaire musical » conçu pour une émission de télévision intitulée « La Danse des morts » sur une traduction du texte de Manuel Deutsch. Plusieurs de ces musiques de scène ont la particularité d’avoir été créées et dirigées par le compositeur lui-même.

Professeur à l’Institut Dalcroze, dont il avait été l’élève du fondateur, Reichel a consacré une grande partie de son temps à l’enseignement. Dans cette optique, nous comprendrons volontiers qu’il soit l’auteur de cours et de brochures théoriques dont « Un chemin vers l’improvisation » publié en 1967. Plusieurs instrumentistes romands ont aussi suivi, au Conservatoire de Genève, ses cours au travers desquels il prenait plaisir à leur donner « une culture harmonique », selon son expression. Nous dirons ici que très nombreux sont les élèves de Bernard Reichel qui jouent aujourd’hui un rôle actif dans la vie musicale romande. Ils sont chefs de chœurs, professeurs, organistes ou musiciens d’orchestre. Une grande partie de ces musiciens sont devenus ses amis, aussi entretient-il avec eux les rapports les plus cordiaux.

Mais la plume de Bernard Reichel n’a pas couru que sur du papier à musique. C’est ainsi qu’en plus de ses partitions, il nous a remis plusieurs articles et conférences rédigés au hasard des circonstances. Ces textes, la plupart manuscrits, traitent de « la musique et la foi », « de la responsabilité de l’organiste », des « difficultés rencontrées par le compositeur », etc. Ces textes, dont plusieurs peuvent être considérés comme des témoignages, donnent un éclairage direct à l’œuvre qui retient notre attention.

***

Sans vouloir faire œuvre de critique, essayons tout de même de dégager quelques lignes de force de la musique de Reichel. Elève de Charles Faller au Locle, de Paul Benner à Neuchâtel, d’Adolphe Hamm et de Hermann Suter à Bâle, puis de William Montillet à Genève, il acquiert une formation très complète. De retour de Paris, où, comme Hans Haug, il a suivi les cours d’Ernst Lévy, il entreprend une œuvre indépendante de toute école constituée. Ayant expérimenté jadis le système dodécaphonique, il préfère cependant se forger un langage propre, libéré de toute doctrine, qui seul pouvait satisfaire aux exigences de son idéal spirituel. Il choisit une voie qui tend vers un abandon plus ou moins apparent du strict sens tonal, mais le « centre tonal », selon son terme, est nécessaire à l‘unité de l’œuvre. La démarche harmonique, son parcours et ses « procédés », pour reprendre le mot de Frank Martin, sont pour lui une base.

La langue musicale de Reichel frappe aussi par son unité, son sens de la construction, et les formes musicales retenues pour cette construction sont là pour le prouver. Il écrit des danses, des canons, des chorals et des variations. Et si la forme est plus souple, le caractère de l’œuvre réapparaît, si l’on peut dire, dans son titre ou son titre de fantaisie : il écrit une « cantate psalmique », un « intermède », un « prélude pastoral ». un « concert printanier », une « méditation ».

Comme nous l’avons dit plus haut, Bernard Reichel conçoit une composition musicale en étroite liaison avec sa destination. Il écrit pour le culte, le concert spirituel, le théâtre, ou la salle de concert. Il adresse également ses partitions au cadre familial, à ses amis et ceux qui, en toute simplicité, recherchent le plaisir de la lecture à vue en déchiffrant une pièce de divertissement. Il nous plaît de relever justement cette vocation particulière de certaines œuvres de Bernard Reichel qui veulent divertir. Nous trouvons, en 1941 par exemple, son « Recueil de trente pièces à quatre voix, à chanter, à jouer ou danser » lesquelles se succèdent dans l’esprit des danceries du XVIème siècle. En 1963, il rassemble en quintuor, comme l’avaient déjà proposé Telemann et Bodin de Boismortier, la flûte, le hautbois, le violon, le basson et le clavecin pour l’exécution d’un autre « divertissement ». Nous signalons aussi ses « récréations du dimanche », recueil de quatorze pièces pour flûte, violon, violoncelle et piano.

Bernard Reichel ne craint point la référence ou la citation musicale. Il se fait une joie de composer un motet sur un choral luthérien, sur une psalmodie morave ou huguenote, sur un psaume de Lausanne de 1565. Dans le même esprit, il habille d’une harmonie personnelle quelques vieux Noëls russes, bourguignons ou originaires des Ardennes.

Une autre ligne de force de l’œuvre de Bernard Reichel réside dans son accessibilité sur le plan de l’auditeur comme celui de l’exécutant. Les contacts fréquents que, tout au long de sa carrière, il a entretenus avec les maîtres de chapelles et les titulaires de maîtrises l’ont invité à prendre en considération les aptitudes de tous ses interprètes. Il sait les mettre en confiance. Dans ses conférences, Reichel porte volontiers l’accent sur cette collaboration qui doit unir compositeur et interprète pour servir au mieux l’esprit des œuvres.

L’oeuvre du compositeur protestant se différencie d’autres productions contemporaines en ce qu’elle veut éviter, par un langage hermétique, de perdre l’auditeur dans un champ stérile. Bien au contraire, ses raisons profondes et ses fondements établis nous invitent à renouer avec le beau et l’authentique.

C’est peut-être en cela que beaucoup ont vu en elle ce caractère « intemporel » selon le mot du chef d’orchestre Samuel Baud-Bovy.

Bref, sous quelque aspect qu’on regarde (et il y en aurait beaucoup d’autres), la production de Bernard Reichel affirme son équilibre, son identité. Si le compositeur croit en la hiérarchie des sons, il croit de même en la hiérarchie des valeurs et des préoccupations. L’artiste a trouvé « une raison de croire et de créer ». Il chante sa foi et veut nous inviter à son partage. L’œuvre de Bernard Reichel, c’est d’abord le message de Noël avant celui de Pâques, c’est « un chemin vers l’espérance » et rares sont ceux qui ne s’y aventurent pas, ne serait-ce que l’instant d’une heure de musique spirituelle.

Le fonds Bernard Reichel, consultable dès aujourd’hui, constitue un grand enrichissement pour le département de la musique de la BCU.

Bernard Reichel a 80 ans

Par Myriam Tétaz-Gramegna
Journal « Vie Protestante » de septembre 1981

Bernard Reichel a fêté ses 80 ans. Pour marquer cet anniversaire, le Groupe vocal Michel Hostettler lui a commandé une partition, cadeau offert et reçu tout à la fois au nom d’une amitié et d’une admiration réciproques. Il s’agit de trois psaumes, ou plutôt de fragments des psaumes 102-121 et 112, qui seront créés en l’église de Saint-François, à Lausanne, le 12 novembre ; suivront des motets et un concert pour petit ensemble instrumental, composé il y a quelques années, mais donné en première audition. Ces œuvres diront, en raccourci émouvant, la quête spirituelle et musicale du compositeur.

Bernard Reichel ne cherche ni à frapper l’auditeur, ni à créer du nouveau à tout prix. Il veut dire la beauté, révéler un certain sens de la vie qui doit s’exprimer avec toutes les forces qui sont en l’homme : sentiment et intellect composant cette richesse d’âme sans laquelle il n’y a pas de musique.
Ce n’est pas pour la critique ou le grand public international que Reichel écrit car, dit-il, « On ne vit pas à l’échelle de l’humanité, mais des gens qu’on rencontre ». Et il évoque avec émotion les concerts où il a senti que public, interprètes et compositeur communiaient dans la joie, le sérieux et la reconnaissance.

Les trois psaumes, comme toute l’œuvre de Reichel, visent la simplicité. Un thème de quelques notes, une belle tierce suffisent à former une cellule vivante, riche de tous les possibles ; l’harmonie va les colorer, les développer ; une inflexion mélodique les transformera, comme un simple trait de crayon peut changer l’expression d’un visage.

Reichel aime rappeler tout ce qu’il doit à son cousin, le peintre Bosshard, « un volcan qui explosait, sévère avec lui-même, généreux avec autrui ». Il partagea souvent son atelier parisien, mieux chauffé que sa froide chambre d’étudient ; l’un composait, l’autre peignait. Parfois, Bosshard se mettait au piano et improvisait des valses viennoises. C’est que, dans la famille, on vivait de musique dès l’enfance : trios ou sonates de Mozart, Beethoven, Schubert, symphonies déchiffrées à quatre mains. Les concerts, rares à l’époque, souvent organisés avec des amateurs, étaient un événement, une fête ; on découvrait dans l’émerveillement et l’enthousiasme la vraie dimension des œuvres qu’on avait jouées à la maison.

Ce serait taire une part de la personnalité de Reichel que de ne pas parler enfin de son amour des cathédrales, de la fascination de leurs grandes architectures, qui n’ont guère de secret pour lui, à commencer par celle de Lausanne.

Bernard Reichel vit à Lutry ; il compose, interprète, enseigne. A l’exubérance créatrice de la jeunesse a succédé une exigence de vérité, de nécessité, qui ne veut retenir que les idées musicales assez riches et denses pour se développer d’elles-mêmes, comme organiquement : c’est une sobriété faite d’amour, de gravité et de fidélité à ces paroles posées sur le bureau du compositeur : « ce qui fausse votre être intime, vous ne devez pas le souffrir. » (Kant)

Lettre ouverte à Bernard Reichel

Christiane Montandon
Revue musicale de Suisse romande – hiver 1976

Mon cher Bernard,

Vous aimez les surprises et je crois savoir que cette année 1976 vous en a réservé plusieurs déjà!
C’est la raison qui me pousse à remplir une mission pour le moins inattendue: celle de « parler de vous » dans la Revue musicale de Suisse romande, à l’occasion de votre soixante-quinzième anniversaire!
Pour moi, il est impossible de dissocier le compositeur Bernard Reichel de l’homme, du pédagogue et de l’ami. C’est pourquoi vous me pardonnerez d’évoquer, tour à tour, ces diverses facettes de votre rayonnante personnalité.

J’ai eu le privilège d’être, au piano, l’interprète de plusieurs de vos œuvres et, à chaque fois, j’ai été frappée par l’authenticité des sentiments qui les animent: mystère et nostalgie du premier mouvement de votre Concertino pour piano et orchestre, angoisse de la Fantasia (composée pendant la dernière guerre), élégance du tout récent finale de votre Sonate pour violoncelle et piano.

Le ton grave domine dans votre musique et c’est ce qui m’attire le plus en elle. Gravité que l’homme cordial, dynamique et joyeux que vous êtes ne laisserait pas supposer de prime abord! Raison de plus pour considérer l’œuvre comme le prolongement mystérieux de la personnalité.
Loin de moi l’idée, cependant, d’exclure de votre production tant de pages sereines ou animées de la plus franche gaîté. Là se manifeste le fidèle disciple de Jaques-Dalcroze, jonglant avec rythmes et mesures, vous entraînant dans des gigues endiablées, vous communiquant son irrésistible dynamisme… !

Mais il y a encore le Reichel mystique, celui du neuvième Prélude op. 59 et, surtout, l’auteur inspiré du Mystère de Jeanne d’Arc. Le dépouillement alors est total; la musique vous est livrée à l’état pur, appelant au recueillement et au silence.

Composer, pour vous, est un acte d’obéissance, empreint d’humilité. Bien des trésors sommeillent dans votre bibliothèque sans avoir connu d’exécution publique et la plupart de vos œuvres sont encore manuscrites… (quelle belle écriture musicale que la vôtre !) souvent, je vous compare à Bach, dans cette modeste attitude de « serviteur de la musique ».
Mais soudain, quelle joie dans votre regard, lorsque des musiciens – s’étant penchés sur l’une de vos œuvres – vous en offrent une interprétation personnelle. Là s’établit cette communion précieuse entre le créateur et ses interprètes, entre celui qui a donné et ceux qui ont reçu et donnent à leur tour…

Ce que j’ai dit jusqu’ici de votre musique prouve à quel point elle est exempte de tout effet extérieur, de toute recherche instrumentalement brillante. De ce fait elle pose parfois des problèmes à l’exécutant, mis en présence de passages pas très aisés sur le plan technique. La mémorisation elle aussi peut s’avérer difficile, l’harmonie trouvant son originalité et son charme dans une constante mutation de ses éclairages ou de ses altérations. Vous n’harmonisez jamais, par exemple, un fragment mélodique deux fois de suite de la même manière; ce qui était majeur devient mineur et vice-versa. Mais ce n’est pas là une loi, votre fantaisie se chargeant de faire d’heureuses exceptions à la règle !
Vos mélodies, souvent modales, respirent un parfum tendrement archaïsant.
Les formes musicales auxquelles vous aimez revenir sont la Suite et le Prélude, qui n’exigent pas de trop longs développements et que vous traitez dans un style aussi rigoureux que personnel.

Votre immense expérience de la musique de Bach, de ses prédécesseurs et de ses successeurs, vous permet de penser que la tonalité n’a pas encore épuisé ses ressources à l’heure actuelle. Dans son élargissement constant (vous en donnez la preuve), la musique tonale n’a pas été balayée par l’atonalité contemporaine; mais pouvoir, aujourd’hui, s’y frayer un passage suppose une grande culture. Or cette culture que vous n’avez cessé d’accroître au cours des années, vous la mettez généreusement à la disposition de tous ceux qui ont la chance de vous approcher. Je n’oublierai jamais la si belle « leçon » que vous avez offerte, en juillet 1974, aux participants du Congrès international de la Rythmique à Genève. Pendant une heure et demie (trop vite envolée…), vous nous avez livré – le plus naturellement du monde – les secrets de votre patiente familiarité avec les chefs-d’œuvre de la musique. Heure merveilleuse qui représentait la somme d’expérience d’une vie entière… !
Nous avons chanté, sous votre direction enthousiaste, le simple choral que vous avez su découvrir dans l’agitation apparente d’une Gigue de Bach, rapproché – non sans étonnement – un fragment de quatuor de Mozart d’un thème de Wagner, en un mot, découvert à votre contact ce que les livres sont impuissants à nous transmettre : la beauté vécue et partagée d’une œuvre musicale !

En terminant ces lignes, permettez-moi de vous dire mon admiration pour votre inaltérable jeunesse de cœur et d’esprit. J’aurais pu écrire un article intitulé : « Bernard Reichel, ou l’inépuisable pouvoir d’émerveillement » …
En effet, votre vision des êtres et du monde est faite d’innocence et de pureté. Il n’existe pas, je crois, d’être moins blasé que vous : la moindre attention de l’un de vos proches ou amis, vous la recevez comme « un cadeau du ciel » (à la manière de notre cher Monsieur Jaques dans sa chanson du P’tit Noël).

C’est ainsi que vous demeurez plus jeune que les jeunes et rejoignez, à bien des égards, un autre de mes maîtres vénérés, le grand Edwin Fischer. En lui comme en vous s’est réalisée l’union parfaire de l’artiste et de l’homme.

Promenade avec Bernard Reichel

Alfred Berchtold, 1972

Il m’ arrive de ma promener avec Bernard Reichel. Piétons tous deux, nous sommes plutôt promeneurs dialogants que solitaires. Il m’arrive de faire avec cet ancien élève de Dalcroze, quelques pas qui ne sont plus tout à fait des « pas Jaques ». Et de ces entretiens ambulants, je rentre toujours enrichi, rafraîchi, revigoré. Car il y a en Bernard Reichel une force tonique que ressentent les choristes qui interprètent ses œuvres. Comment la définir ? Osera-t-on écrire ici qu’Alexandre Vinet, contemporain et ami de Toepffer, appelait cette force créatrice et régénératrice la candeur ? « Tout esprit droit, disait-il, est un esprit indépendant; la candeur produit l’originalité de la pensée ». Elle protège de la contagion, de l’entraînement, de cette course angoissée pour s’assurer une place bien en vue sur le « dernier bateau » en partance.

Sensible autant qu’un autre aux laideurs de la vie, aux scandales de l’injustice, Bernard Reichel n’a pas la bonté du faible, mais cette clarté du regard qui en appelle en quelque sorte au meilleur moi de son interlocuteur et qui nettoie l’atmosphère où s’établira l’ entretien. S’il a le sens de la nuance, le sens de l’ autre, l’ esprit d’ accueil, il a surtout le don de l’humour libérateur. Et l’on voudrait voir rééditer ses compositions graphiques (ses bandes dessinées) d’ un authentique héritier de Toepffer: Le Tombeau de Basile et Le Martyre de Sébastien conçues en collaboration avec Frank Martin et Eric Schmidt. Cet humour qui se manifestait déjà dans les Chants Indiens du festival du Locle en 1931, éclate, pétille dans ses Goethe-Lieder, notamment dans le chant des grenouilles et la Katzenpastete. Il lui permet de goûter comme elles le méritent les paraboles hassidiques, déconcertantes pour certaines âmes religieuses un peu timorées.

Bernard Reichel eut le bonheur de grandir dans une atmosphère spirituelle (morave) où le sens goethéen de la beauté n’ entra jamais en conflit avec les exigences morales, où au contraire l’éthique et l’esthétique faisaient le meilleur ménage du monde. Son père, pasteur épris de musique, lui apprit les premières notions de latin à partir du texte d’ une messe de Bach. Dans son art, le sens du service, la gravité n’ont pas tué – bien au contraire – l’instinct du jeu libérateur (allégresse d’un Divertimento !). Mais attention ! Jamais il ne confond l’humour qui vient du plus profond du cœur et l’ ironie, arme dangereuse de l’intellect. L’un remet doucement les choses en place, situe sujet et objet dans leur relativité et combat vaillamment les offensives de l’angoisse (« Reich mir das Glas, du Seelenstrost Humor », écrit Gottfried Keller dans son poème Lebendig begraben). L’ autre ne vise qu’à affirmer une supériorité factice sur un antagoniste humilié…

Maitres et amis

Aujourd’hui, on répète sur tous les tons que le premier service à rendre à la jeunesse est de développer son esprit critique. Bernard Reichel (peut-être parce qu’il est un créateur) a conservé intacte l’admirable faculté de contempler et d’admirer. Cet homme au franc-parler bienvenu évoque le souvenir de ses maîtres avec un profond respect. Il dit le « grand bonhomme » qu’était le Bâlois Hermann Suter, et tout l’enrichissement que lui ont apporté les leçons de Charles Faller, de Paul Brenner, de William Montillet et particulièrement de Jaques-Dalcroze, si accueillant à toute expression nouvelle, et qui sut créer autour de lui un climat d’ amitié stimulant et créateur.

Quelle joie pour Reichel de parler de Paul Boepple, ce maître improvisateur, qui lui révéla le Roi David d’Honegger à la création duquel il participait; d’ évoquer l’oeuvre de son ami Frank Martin ou celle du peintre Rodolphe Théophile Bosshard, son cousin germain. Le musicien parle du peintre, et je pense en l’entendant, à ma rencontre avec Bosshard, peu de temps avant sa mort, où je trouvais l’artiste vaudois profondément attentif à la retransmission d’une symphonie de Beethoven. Je pense aussi à la culture musicale de son ami, le sculpteur Henri Koenig, dont plusieurs œuvres ornent, à coté de celle de Bosshard, son intérieur.

« L’architecture est la musique des pierres ». Autant sans doute que la peinture, les grandes architectures de notre Occident chrétien et pré-chrétien ont ému Bernard Reichel. Le compositeur Ernst Levy lui fit découvrir les recoins les plus cachés de la cathédrale de Chartres. Lui-même a reconstitué cette cathédrale en un modèle réduit et peu de compliments, au sortir d’une audition de ses œuvres, lui ont fait sans doute autant de plaisir que cette question: « Vous avez vu Chartres, n’ est-ce pas ? ». D’ ailleurs, le mot « constructif » est important dans son vocabulaire.

L’Homme du Midi et l’Homme du Nord

Né à Neuchâtel, citoyen vaudois, ayant passé ses premiers mois à Montmirail, ses premières années à Lausanne, son adolescence et sa jeunesse au Locle, s’étant formé musicalement à Bâle, Paris et Genève, Bernard Reichel se sent « chez lui » dans toute la Suisse romande occidentale, mais aussi dans la vénérable ville hanséatique allemande de Lemgo et dans le terroir cévenol. D’origine allemande par son père et française (Région de Nîmes) par sa mère, il vit, à sa manière, différente de celle du Genevois d’adoption Charles-Victor de Bonstetten, le débat intérieur de l’Homme du Midi et de l’Homme du Nord. Mistral, Hugo, Goethe et Dickens comptent avec C.G. Jung et Teilhard de Chardin parmi ses auteurs de base. Il aime à citer le mot du poète du Mireille:
« Tel qui me laissera libre dans ma pensées, libre dans mon parler, libre dans ma voie, libre de m’épanouir conformément à ma nature, celui-là est mon ami, et je suis son compatriote. Mais celui qui me gênera dans ma manière d’être, mais celui qui se moquera de mes larmes ou de mon rire, mais celui qui me forcera de changer mon langage, qu’il aille au diable ! … »

Découvertes

Nous sommes aujourd’hui gavés de documents sonores et visuels. Encyclopédies, discothèques, collections de diapositives, livres d’art déversent sur nous simultanément tout les chefs-d’œuvre de toutes les civilisations. Or, une trop grande abondance transforme l’événement en fait divers. Au Locle, dans la jeunesse de Bernard Reichel, on pensait pendant six mois à la venue de l’Orchestre de Bâle. Que j’aime à entendre, dans nos promenades, le musicien évoquer les étapes d’une vie de labeur et de ferveur, et surtout les découvertes successives faites par cet enfant du siècle (oui, ce siècle avait un an…) des grands « phares » de la civilisation, qui lui apparaissaient successivement, à la faveur d’un déménagement, d’un voyage paternel à Rome, de l’arrivée au Locle de tel pianiste (Risler exécutant le Tombeau de Couperain), ou d’un « étranger dans la ville » d’une toute autre nature que celui de J. P. Zimmermann (c’était le Genevois Charles Faller, révolutionnant la vie musicale dans les montagnes horlogères!). La musique de chambre pratiquée au foyer paternel (comme dans la cure du grand-père de Jaques-Dalcroze) lui avait révélé les quatuors de Schubert et de Mozart; tout un hiver de travail l’avait fait pénétrer dans l’univers de la Passion selon Saint-Jean; Bâle, qui sifflait Debussy, lui donnait Wagner; l’Orchestre de la Suisse romande d’Ansermet, Ravel, Strawinssky, Honegger et tant d’œuvre toutes fraîches, agressives et insolites. Guillaume de Machaut apparaît à l’horizon de Reichel vers 1935… Ce ne sont pas les disques « haute fidélité » qui ménagent la rencontre avec l’œuvre nouvelle, mais le plus souvent, le lent et personnel travail sur la partition.

Bien avant vingt ans, Bernard Reichel se met à composer et fait office d’organiste aux Eplatures. En ces années de guerre, il n’y a pas de train le dimanche, et le trajet d’une heure en partant du Locle se fait souvent par moins de 20 degrés. Salubre apprentissage, et qui convient mieux au jeune homme que l’atelier de bijouterie tôt abandonné. Organiste, Reichel, le sera pendant près de 50 ans à Genève, au Petit-Saconnex d’abord, puis à Chêne-Bougeries et enfin aux Eaux-Vives, dont la paroisse reconnaissante l’a honoré en novembre 1969 par l’organisation d’une semaine consacrée à l’audition de ses œuvres.

L’orgue, pourrait-on dire, c’est la part de la tradition dans la vie de Bernard Reichel, c’est le contact avec le trésor des chorals du passé. L’enseignement, quant à lui, à l’Institut Jaques-Dalcroze et au Conservatoire, représente l’échange toujours renouvelé avec les générations « montantes », la transmission d’un message et d’une discipline, le regard dirigé vers l’avenir. D’ailleurs, n’est-ce pas avec son fils Daniel, musicien comme lui, qu’il se plaît tout particulièrement à discuter de problèmes de métier ?

L’artiste et son temps

Chartres, le choral luthérien, Schütz et Bach, Sweelinck, Guillaume de Machaut, Monteverdi, voilà, estimeront d’aucuns, des références bien lointaines. L’œuvre de Bernard Reichel, malgré l’influence sensible dans ses premières œuvres surtout, des témoins et champions de la modernité (on a vu l’impression faite sur le jeune homme par Ravel, Strawinsky, Honegger), ne représentent-t-elle pas à certains égards un défi de nos temps « malheurés » et stridents ? Ces chants de louanges, rayonnants comme des vitraux illuminés par le soleil, les grandes nappes d’harmonie de tel Magnificat ou Gloria emplissent nos temples et nos cathédrales de leur message de paix rendent-elles compte de la vérité de notre époque ?…

Ces questions me remettent en mémoire des pages saisissante de l’histoire du psautier alémanique d’Otto Lauterburg, où nous est rappelé que quelques-uns des plus purs cantiques du XVIIe siècle allemand sont nés précisément au cœur des années terrible de la Guerre de Trente ans – la guerre dévastatrice et absurde vécue par la Mère Courage de Brecht. Certes, il y a des artistes destinés à se faire les échos amplificateurs des bruits et des cris discordants du monde. Ils ont à peindre Guernica. Eux-mêmes, ou d’autres, ont à explorer aussi les voies non frayées de l’expression; ils ont à se lancer avec Appolinaire aux confins « de l’illimité et de l’avenir ». Ils ont peut-être à conquérir à l’art de leur temps des dissonances jusqu’ici insupportables et inacceptables. Mais tous n’ont pas même vocation.

Il est des hommes qui, passé le temps des premières curiosités, ne peuvent qu’obéir à la voix intérieure qui les oblige à demeurer fidèles à quelques grandes lois qui sont pour eux à la fois d’ordre éthique et d’ordre esthétique et techniques. Ayant assimilé ce qui, pour eux, des accents nouveaux était assimilable, ils ont à répondre à un autre grand besoin de l’homme d’aujourd’hui (à côté du besoin de nouveauté), à celui d’une continuité, d’une permanence essentielle. Il est en nous un besoin d’harmonie et d’unité malgré tout, contre tout, d’autant plus fort qu’il paraît davantage bafoué, un besoin d’accord au cœur des désaccords, un besoin d’Alleluia au creux des De profondis. Il nous faut des porteurs de joie, et, chaque années à nouveau, dans le tumulte du déconcertant aujourd’hui, notre cœur attend le chant désarmé du pipeau de Noël.

Ce Noël, pour le musicien, n’appartient pas au passé, au domaine de la nostalgie. Il est promesse et annonce. La marche à l’étoile est une marche vers le point Oméga, une affirmation quand même et contre tous de la vertu cardinale d’Espérance.

Mais pour que ce chant retentisse, il faut au préalable, un long et rigoureux apprentissage. Oui, comme le disait notre compatriote Itten à ses élèves du Bauhaus, pour que le message d’un Fra Angelico pût se transmettre dans sa pureté et sa spontanéité absolue, il fallait d’abord une maîtrise total de toutes les données techniques du métier.

Je pensais à toutes ces choses en entendant Reichel me parler des rapports de l’artistes avec son temps, de cette imprégnation inconsciente qui suffit à situer authentiquement une œuvre dans son époque. J’y pensais encore en entendant les accents émouvants de la Cantate psalmique (présentée par Boepple à New York) et en me rappelant l’impression si forte que m’avait faite, il y a quelques années, cette œuvre si concentrée, si intense dans sa rigueur sensible : Jeanne d’Arc, réalisée en collaboration avec Raymonde Gampert-Naville et Florence Séchehaye. Cette « évocation mimée » sur un texte remarquable révélait une des possibilités de la rythmique, pressentie déjà par Robert de Traz, comme par Jaques-Dalcroze et Adolphe Appia : l’expression dépouillée de toute anecdote inutile, l’incarnation d’une grande aventure humaine et spirituelle. Et je songeais alors, et je songe aujourd’hui à ce que pourrait être, réalisée dans le même esprit, une « évocation mimée » intitulée Pestalozzi.

Gloria

Une des premières œuvres composées par Bernard Reichel, en 1917, s’intitule Dies est laetitiae. Oui, on l’a vu, c’est à la Joie qu’est vouées l’œuvre d’un homme que l’épreuve n’a pas épargné. En le quittant, en songeant à tant de compositions où s’allient l’enthousiasme généreux et le sens de l’architecture, nous nous souvenons d’une de ses déclarations à Monique Laederach: « Les recherches rythmiques pour elle-mêmes ne m’ont pas spécialement intéressé. Dans mon esprit le rythme est toujours lié à la mélodie et à l’harmonie. Je conçois bien que dans le domaine du rythme pur il y ait des recherches passionnantes à faire… Ce qui importe pour moi au premier chef, c’est le rythme qui domine la construction totale, l’ensemble d’une pièce, l’épanouissement harmonieux des parties les unes par rapport aux autres. J’aime qu’on sente une continuité, une pulsation, qui vous mène du début à la fin ». Cette pulsation, je me souviens d’en avoir été particulièrement réjoui lors d’une interprétation de plusieurs de ses Hymnes et Motets par la Psallette de Genève. Et surtout, plus profondément encore, nous émeut ce chant pur, nourri d’une intense vie intérieure, qui dans presque toutes ses grandes œuvres, s’élève soudain: violon, hautbois, ou voix humaine. Le chant de l’âme inquiète et apaisée.

Pas de plus beau symbole du sens de l’œuvre d’art que celui-ci. C’est pour la Marienkirche de Lemgo libérée de la boue qui l’envahissait depuis des siècles que Bernard Reichel a composé son Gloria.

Une heure avec Bernard Reichel

texte de P.-O. B – 2 décembre 1985, Journal de Genève

Harmonie émouvante de la profondeur germanique et de la fougue latine, Bernard Reichel est la symphonie parfaite de l’intelligence, de la sensibilité, de la culture et du génie. De cet homme exceptionnel se dégage une impression d’équilibre extraordinaire. Et cet immense musicien, d’ascendance allemande, mais devenu Romand, aime citer ces mots de Victor Hugo, un de ces poètes qu’il aime tant : »Changez vos feuilles et gardez vos racines ».

Il se retrouve pleinement en cette merveilleuse formule, ouvert au vent qui souffle et ancré dans une foi inébranlable pour tout ce qui représente les vraies valeurs de notre civilisation. Simple comme sa musique, intense à l’image de chacune de ses compositions, ce jeune homme de quatre-vingt-quatre ans a la perspicacité du mathématicien et l’enthousiasme du créateur.. ses propos ont la force poétique d’une fugue de Bach, la limpidité d’une mélodie de Schubert et la couleur de l’orchestre de Ravel. Organiste, professeur d’harmonie, compositeur, Bernard Reichel est avant tout un homme de bien, un amoureux du beau dont le regard puise sa force aux sources de la pensée profonde.

Fils de pasteur, Bernard Reichel a vécu entouré de musique. « Nous avons toujours fait de la musique en famille. C’était l’essentiel pour nous. » Et c’est au Locle, dans le Jura neuchâtelois si dur et si beau qu’il a compris l’extraordinaire appétit musical des gens du Nord. « Il n’y a que les choses que l’on fait soi -même qui éduquent. ». Sa formation fut exemplaire. « Sans radios ni disques, nous jouions nous-mêmes la musique. Nous n’avions pas besoin de machines ». Un piano qu’il maîtrisa rapidement, un violoncelle par qui il se laissa charmer, et bien vite l’orgue auquel il allait consacrer plus de cinquante ans de sa vie devinrent ses moyens d’expression naturels. « J’ai pourtant toujours eu envie d’écrire, de composer. C’était là mon domaine. » Paul Benner, Charles Faller, Hermann Sutter furent ses premiers maîtres. La reconnaissance de Bernard Reichel envers ces grands musiciens prend des accents émouvants, les mêmes assurément que ceux de ses propres élèves, dont Michel Hostettler est un des plus brillants.

En 1923, Bernard Reichel partit pour Paris où il ressentit l’émulation que procure la fabuleuse effervescence artistique qui régnait alors. Elève d’Ernst Lévy, il découvrit Ravel, Stravinsky, mais surtout il partagea la vie du peintre Bosshard, « le grand artiste ». Et l’évocation de cette période réveille en Bernard Reichel des souvenirs dont on sent très vite qu’ils ont une importance vitale.

Ce fut pourtant sa rencontre avec Jaques Dalcroze qui marqua une des heures lumineuses de son existence. A la seule évocation de ce nom, son visage prend les teintes de l’émerveillement. « Il avait compris qu’il fallait faire vivre la musique en soi-même. Sentir les choses. L’intellect n’est pas la source ; il n’est qu’un outil parmi d’autres. »

Autre moteur privilégié de la vie de cet homme dont aucun propos ne laisse indifférent, c’est la découverte d’Arthur Honegger. « Grâce à lui j’ai fait un saut dans la musique libérée du classicisme ». Mais sans jamais tomber dans les aventures d’un art qui a emprunté d’étranges chemins. Dès que la musique « ne parle plus du tout à l’être humain, elle devient gigantesque déraillement. Pourquoi cet aveuglement ? »

Il n’est dès lors pas étonnant que Bernard Reichel ait trouvé une affinité particulière avec Ernest Ansermet qui, par deux fois, a dirigé une œuvre de lui. « Je me sentais un petit vis-à-vis de lui, » même quand il partageait la tisane du chef d’orchestre, au milieu de la nuit et de lecture d’une de ses œuvres…

C’est en compagnie de Frank Martin, avec qui il était très lié, que Bernard Reichel approcha le dodécaphonisme. « On a essayé ensemble d’y voir clair, en ennemis que nous étions de l’intellectualisme, l’essentiel est de garder le contact avec les racines de la musique pure. »

Ce n’est donc pas un hasard si trône, sur le lutrin de son piano, le « Clavier bien tempéré » de Jean-Sébastien Bach. « C’est la vraie nourriture », celle que Bernard Reichel a prise pour pouvoir écrire son merveilleux Te Deum créé au début de l’année à la Cathédrale de Lausanne. « Bien qu’ayant été organiste toute ma vie, je ne suis pas un homme d’église. Mais il est naturel de chercher quelque chose de plus grand que soi. Le sens religieux est indispensable pour amener l’esprit humain au-dessus des contingences matérielles ».

La sagesse de Bernard Reichel n’est pas tonitruante, elle est évidente. Son œil voit loin pendant que sa main rythme sa pensée supérieurement organisée. « J’ai composé pour fournir de la musique aux chœurs que je dirigeais. » En très grand artiste qu’il est, en homme chaleureux qu’il restera toujours, Bernard Reichel, un des plus merveilleux compositeurs de notre pays, sait, parce qu’il est de notre race, toucher nos coeurs. Carrefour de deux cultures, il restera une part de l’âme européenne.

Contact, devenir membre, soutenir l’Association

partition

Association Bernard Reichel
Rue du Château 2
CH – 1203 Genève
Tel: +4179 624 25 90

email: info@bernardreichel.ch

compte postal en Suisse : CCP 12-12667-5
IBAN : CH71 0900 0000 1201 2667 5
BIC : POFICHBEXXX

Pour devenir membre de l’Association, écrire un email et verser
soit : 40 frs par an
soit : 500 frs à vie

Vous serez informé régulièrement des activités, des concerts, etc.

Liste des éditeurs de partitions (LIENS)

Par ordre alphabétique:

A coeur Joie, Edition
commander par le site:
http://www.sympaphonie.com

Amadeus Verlag
Barbara Päuler
Hermannstrasse 7
CH – 8400 Winterthur
tel: +41 (0)52 233 28 66
fax: +41 (0)52 233 54 01
http://www.amadeusmusic.ch

Bärenreiter-Verlag Karl Vötterle GmbH & Co. KG
Heinrich-Schütz-Allee 35-37
D – 34131 Kassel – Deutschland
www.baerenreiter.com
Tel. ++49 561 3105-177
Fax ++49 561 3105-310

Billaudot, Editeur
commander par le site:
https://www.billaudot.com/fr/

Cantate Domino
p.a. Editions Musicales Schola Cantorum
Charles Huguenin et Cantate Domino
Rue des Mille-Boilles 4
CH – 2000 Neuchâtel
tel: +41(0)32 861 37 19
https://www.schola-editions.com/accueil/

CSS Christlicher Sängerbud des Schweiz
Ruh Musik AG
Herr Michael Hug
Soodstrasse 53
8134 Adliswil
Tel. +41(0)44 711 74 44
michael.hug@ruh.ch
http://www.ruh.ch/

Editions BIM
Route des Echelettes 51
CH – 1674 Vuarmarens
Tél : +41(0)21 909 1000
Fax : +41(0)21 909 1009
http://www.editions-bim.com

Editions musicales La Batiaz
Route des Emonets 17
CH  –  1890 St-Maurice
Tél : + 41(0)24 485 24 80
http://www.editions-labatiaz.com/

Editions Fredy Henry
www.fredyhenry-editions.ch

Editions Papillon
Route d’Annecy 46
CH – 1256 Troinex/Drize
courriel: info@editionspapillon.ch
Tél.: +41 (0)22 343 35 42
Fax: +41 (0)86 022 343 35 42

Flûtes de Bambou – Association suisse
Contact:
Mme Annekäthi Werthemann
Sonnenweg 2A
CH – 3612 Steffisburg
+ 41(0)33 438 35 66
a.werthemann@bambusfloete.ch
http://www.bambusfloete.ch/

Harold Flammer Inc
MCPS
Mechanical Copyright
Protection Society Ltd
2 Pancras Square
London N1C 4AG
United Kingdom
Tel. +44 208 580 5544
internationalenquiry@prsformusic.com
http://www.prsformusic.com

Merseburger Verlag
http://www.merseburger.de/index.php?id=9150&

Pan Verlag GmbH
Naumburger Straße 40
D – 34127 Kassel / Allemagne
https://pan-verlag.com/suche/reichel/

Pizzicato
PIZZICATO Verlag Helvetia
Schärbächlistrasse 3
CH – 8810 Horgen
Tel. +41 (0)44 710 62 52
Fax: +41 (0)44 710 61 53
E-Mail: info@pizzicato.ch
http://www.pizzicato.ch

Schweiz. Kirchengesangsbund
Birkenweg 2
9545 Wängi
verlag@kirchengesangsbund.ch
http://www.kirchengesangsbund.ch/

Dates importantes dans la vie du compositeur

1901 : le 3 août, naissance à Montmirail (Neuchâtel)
1914 : études de piano et orgue au Locle avec Charles FalIer.
1917 : harmonie et contrepoint avec Paul Benner à Neuchâtel, premières compositions et activité d’organiste aux Eplatures (près du Locle).
1920-1921 : études au Conservatoire de Bâle avec Adolphe Hamm (orgue) et Hermann Suter (composition).
1921-1923 : études à L’Institut Jaques-Dalcroze. Sa formation d’organiste se poursuit auprès de William Montillet.
1923-1924 : séjour à Paris et études de composition avec Ernest Lévy.
1924 : s’établit à Genève. Diplôme de l’Institut Jaques-Dalcroze.
1925 : épouse Avie Faller, soeur de Charles Faller.
1927 : naissance de son fils Daniel et de sa fille Irène
1925-1968 : enseigne le solfège, l’improvisation, la rythmique, l’harmonie et l’histoire de la musique à l’Institut Jaques-Dalcroze.
1928 : rencontre avec Frank Martin dont il devient l’ami
1931-1944 : organiste au Temple de Chêne-Bougeries.
1944 : décès de Avie.
1944-1971 : organiste au Temple des Eaux-Vives à Genève.
1945 : épouse Jacqueline Macquat.
1945 : naissance de sa fille Anne-Geneviève.
1947 : naissance de son fils Dominique.
1950 : le compositeur prend place dans l’horizon des compositeurs suisses de sa génération.
1954 : emménage à Chêne-Bougeries
1952-1972 : enseigne l’harmonie au Conservatoire de Genève.
1971 : Prix de la Ville de Genève.
1974 : parution du Premier Catalogue des œuvres, réalisé avec le compositeur par Jean-Louis Matthey de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne.
1977 : déménagement à Lutry.
1980 : tournage d’un « Plans-Fixes »
1988 : Création de l’Association Bernard Reichel
1990 : parution d’un CD d’œuvres orchestrale (Gallo 619)
1992 : rédaction du Premier Catalogue intégral des œuvres, établi par l’Association Bernard Reichel
1992, le 10 décembre, décès du compositeur

Parmi ses œuvres célèbres, on peut citer: La Vision d’Ezéchiel, cantate (1936), Petit Magnificat (1942), Concertino pour piano et orchestre (1949), Concert Printanier pour flûte, violon, alto et violoncelle (1957), Tryptique pour orgue, Gloria pour ténor solo, chœur et orchestre (1964), Symphonie no 2 pour orchestre (1968), 10 préludes pour piano (1975), Lieder Gedichte von Gœthe pour soprano et piano (1976), Te Deum (1983). Les œuvres de Bernard Reichel ont été jouées en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, en Roumanie et aux USA.

Plans-Fixes sur Bernard Reichel – DVD

PlanFixe2site

DVD Bernard Reichel / André Luy
Film édité par l’Association Plans Fixes
Secrétariat avenue d’Ouchy 24c
CH – 1006 Lausanne
tel: +4121 617 23 82
fax: +4121 617 23 83
http://www.plans-fixes.ch
info@plans-fixes.ch

Veuillez utiliser ces coordonnées pour commander le DVD

FourreDVDsite0

Statuts de l’Association

Association Bernard Reichel – STATUTS

TITRE 1 : NOM, SIEGE, DUREE
Art. 1
Sous le nom de “Association BERNARD REICHEL” (ci-dessous Association), est constituée, conformément aux présents statuts et aux articles 60 et suivants du Code Civil Suisse, une Association à but non lucratif.
Art. 2
Le siège de l’Association est à l’adresse du président.
Art. 3
L’Association est constituée pour une durée illimitée.

TITRE 2 : BUTS
Art. 4

A) Promouvoir, éditer et diffuser la musique composée par Bernard Reichel, notamment : – en entretenant régulièrement des contacts avec toutes personnes susceptibles de diffuser de la musique : directeurs de radios, organisateurs de concerts, fabriquants de disques, de cassettes, de compact-disque, etc. ; – en entretenant régulièrement des contacts avec des personnes susceptibles d’encourager la promotion et la diffusion de la musique par leur appui financier ; – en tenant à jour le catalogue présentant toutes les oeuvres de Bernard Reichel ; – en éditant ou en faisant éditer les oeuvres de Bernard Reichel ; – en organisant des concerts, des émissions de radio, de TV, et des enregistrements
B) Gérer et stocker les manuscrits, les calques originaux, les copies et les partitions.
C) Conserver et le cas échéant diffuser les écrits, la correspondance, les dessins et toutes autres oeuvres de Bernard Reichel.
D) Conserver et le cas échéant diffuser les écrits et les documents relatifs à Bernard Reichel.

TITRE 3 : MEMBRES
Art. 5
Peut devenir membre toute personne physique ou morale qui présente une demande écrite d’admission en déclarant adhérer aux présents statuts.
Art. 6
L’admission des membres est de la compétence du Comité.
Art. 7
Tout membre est tenu de payer sa cotisation, dont le montant est fixé annuellement par l’assemblée générale.
Art. 8
Tout membre peut démissionner en le signalant par écrit au Comité. Le non versement de la cotisation entraîne la démission.
Art. 9
La proposition de l’exclusion d’un membre doit être portée à l’ordre du jour d’une Assemblée Générale ordinaire ou extraordinaire et décidée à la majorité des 2/3 des membres présents. Le Comité peut pour justes motifs, exclure sans délai tout membre de l’Association, lequel peut recourir, dans le mois suivant son exclusion, auprès de l’Assemblée Générale.

TITRE 4 : ORGANISATION DE L’Association
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
Art. 10 L’Assemblée Générale est l’organe suprême de l’Association. Elle se réunit en séance ordinaire une fois par an, au cours du premier semestre. Elle est convoquée en séance extraordinaire, sur décision du Comité ou à la demande d’une cinquième des membres.
Art. 11
L’Assemblée Générale est convoquée par le Comité au moins 10 jours à l’avance, par avis personnel adressé à chaque membre à la dernière adresse portée dans le registre des membres.
Art. 12
Les compétences de l’Assemblée Générale sont les suivantes :
– adopter et modifier les statuts – nommer le Comité – nommer le Président, le Vice-président et le Trésorier – nommer les vérificateurs des comptes – approuver le programme de travail élaboré par le Comité – adopter les comptes et le budget – fixer le montant des cotisations.
Art. 13
Elle est présidée par le Président du Comité
Art. 14
Sauf dispositions contraires des présents statuts, l’Assemblée Générale prend ses décisions à la majorité des membres présents.
Art. 15
Lors des votes chaque membre présent a droit à une voix. En cas d’égalité, celle du président est déterminante.

COMITÉ
Art. 16
L’Association est administrée par un Comité composé de 5 à 11 membres, élus par l’Assemblée Générale pour une période de trois ans. Ils sont rééligibles.
Le Comité se réunit au moins trois fois par an.
Il prend ses décisions à la majorité des membres élus. En cas d’égalité des voix, la voix du Président est déterminante.
Le Comité peut organiser un secrétariat et en déterminer les compétences.
Il peut inviter à ses séances des experts ou des membres qui auront voix consultative.
Art. 17
Le Comité veille à l’exécution des décisions prises par l’Assemblée Générale. Il mettra tout en oeuvre pour réaliser les buts fixés dans les présents statuts, et dispose, à cette fin, des pouvoirs les plus étendus.
Il décide de son mode de convocation.
Il règle par contrat avec Bernard Reichel les questions relatives à l’édition de ses oeuvres.
Il organise le stockage des oeuvres.
Il fait connaître les oeuvres.
Il désigne et révoque les personnes ayant le droit de signature au nom de l’Association.
Il administre les biens de l’Association.
Il organise le recrutement des nouveaux membres.
A la fin de chaque exercice, il établit un rapport de gestion et un rapport financier.
De cas en cas, le Comité peut confier à des personnes des tâches précises, en vue d’atteindre plus efficacement les buts de l’Association.

CONTRÔLEURS DES COMPTES
Art. 18 Le contrôle des comptes de l’Association est exercé par deux vérificateurs, nommés par l’Assemblée Générale

TITRE 5 : RESSOURCES
Art. 19 Les ressources de l’Association sont :
– les cotisations des membres – les dons, legs et subventions.

TITRE 6 : RÉVISION DES STATUTS
Art. 20 Les propositions de modification des statuts peuvent être faites lors d’une Assemblée Générale par le Comité ou le cinquième des membres (au moins) de l’Association.
Si ces propositions sont approuvées par la majorité des membres présents, le Comité prépare pour l’Assemblée Générale suivante, une nouvelle version des statuts qui tiendra compte de la demande de changement. L’Assemblée Générale peut accepter les modifications des statuts à la majorité des 2/3 des membres présents.

TITRE 7 : DISSOLUTION ET LIQUIDATION
Art. 21 L’Association peut décider en tout temps de sa dissolution à la majorité des deux tiers de ses membres.
Art. 22
La liquidation a lieu par les soins du Comité. Les liquidateurs règlent les questions en cours, réalisent l’actif et exécutent les engagements de l’Association. Après paiement des dettes, l’actif de l’Association sera remis à une Association poursuivant des buts similaires.

TITRE 8 : ENTRÉE EN VIGUEUR
Art. 23 Les présents statuts ont été acceptés en Assemblée Générale du 26 juin 1988. Ils entrent en vigueur immédiatement.

CD, éditions diverses

Ensemble vocal Arpège
– GALLO 708 – label: VDE-GALLO
Prix: CHF 28.00, frais d’envoi en Suisse compris
(peut être commandé à notre association)
info@bernardreichel.ch
de Bernard Reichel: Messe “In spe unitatis” – Magnificat – Sanctus – Chœurs à capella – Pièces pour orgue
de François Forestier: Te Deum

Quintette à vent EGLOGUE
– Distribution: Eirc Vuichoud, 2 ch. des Anémones, CH-1219 Châtelaine
de Bernard Reichel – Prélude, passacaille et postlude
ainsi que des pièces de F. Farkas, P. Müller, W.A. Mozart et J. Ibert.

Oeuvres suisses pour choeur
– Distribution: Divertimento vocale Freiburg
De Bernard Reichel : Motet: Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
et des pièces de 16 autres compositeurs

Vie de l’Association et liste des concerts

29 mai 2019: émission Versus sur Espace 2, avec Jacques Tchamkerten et Dominique Reichel, avec plusieurs extraits d’œuvres de Bernard Reichel.
12 mai 2019: trio à cordes en la majeur, Sonata en trio en sol majeur dans le style ancien, Georg Vardanyan Otiev, violon, Carmen Maria Martinez Cruz, alto, Irene del Rio Busto, hautbois, Marc Durollet, violoncelle. Assemblée générale le même jour.
17 juin 2018: préludes et diverses pièces par François Margot. Assemblée générale le même jour.
Mars 2018: parution du premier catalogue thématique du compositeur.
12 mars 2017: concert à Lutry donné par Anne-Lise Vuilleumier, Jorge Lucca, Mathieu Rouquié. Assemblée générale le même jour.
24 janvier 2017: Images, œuvres pour piano, interprétées par Maria Razumovskaya, Neuchâtel.
23 et 24 septembre 2016: Concerto pour orgue et orchestre à cordes, organisé par les Concerts du Sacré Cœur, Ouchy.
24 juin 2016: Ensemble Tétraflûtes interprète le Concert Printanier, Temple de la Fusterie. Assemblée générale le même jour.
15 juin 2016: Images, œuvres pour piano, interprétées par Maria Razumovskaya, Riddes.
Fin 2015: début du travail de gravure des partitions
14 juin 2015: Concert avec un quatuor de flûtes de bambou, Lutry.
11 et 12 octobre 2014: Suite Numéro 3, éditée pour l’occasion, est donnée en création à Onex et Lancy par l’Orchestre Saint-Pierre Fusterie.
Du 25 au 28 septembre 2014: Conte d’été ou le Dragon à sept têtes est donné dans sa version scénique au Théâtre Benno Besson à Yverdon. Première mondiale !
3 mai 2014: Assemblée générale à Lutry
12 avril et 3 mai 2014: Sonate pour violon et piano par Muriel Lopez violon – Chantal Dubé piano
Courant 2013, l’Association commence l’éditions de partitions par ses propres moyens
21 juin 2012: dans le cadre de la fête de la musique de Lausanne, à la salle des Charmettes: Conte d’été ou le Dragon à sept tête est donné dans sa version pour piano (François Margot), récitante (Béatrice Leresche) et voix chantée (Nicolas Reichel). Ce spectacle va être donné à nouveau cet automne à l’Institut Jaques Dalcroze.
10 juin 2012: concert à l’Eglise de Lutry. Œuvres de Reichel, Buxtehude Telemann, Bozza, Rydin, Ravel. Assemblée Générale de l’Association le même jour
9 octobre 2011: concert à la salle Petitot-Genève
Au programme: Divertimento pour flûte, violon, hautbois, basson et clavecin – par Jovanka Marville, Béatrice Jaermann, Marc Liardon, Patrick Marguerat, Laura Ponti
Prélude et fugue, puis toccata de Jean-Sébastien Bach, par Jovanka Marville
Improvisations sur des préludes de Bernard Reichel par Michel Bastet
Concert pour Petit Ensemble, direction Jean-Claude Picard, par Clément Boudrant, Pascal Deserzens, Béatrice Jaermann, Marc Liardon, Claude Marguerat, Patrick Marguerat, Pierre-François Massy, Laura Ponti
Assemblée générale le même jour, avant le concert
13 juin 2009: Assemblée générale suivie d’un concert en l’honneur de Daniel Reichel, disparu le 20 février 2009. Au programme: Œuvres de Frank Martin, Joseph Haydn, Jean-Sébastien Bach et Bernard Reichel.
Interprètes : Brigitte Buxtorf, Gérald Cerf, Blandine Charles, Stéphan Deluz, Geneviève Faessler, Dominique Guignard, Dominique Lipp, Patrick Marguerat, Christiane Montandon, Nicolas Reichel, Claude Traube
13 septembre 2008: Assemblée générale suivie d’un concert : duo pour alto et piano, trio pour hautbois, alto et piano. Interprètes: Patrick Marguerat, Yuko Shimizu Amoyal, Alewssandro Gonteri.
24 septembre 2006: assemblée générale suivie d’une vidéo présentant des extraits des films Plans-Fixes sur Bernard Reichel et André Luy, accompagnée d’une écoute d’œuvres du compositeur, interprétées par André Luy
8 mars 2006: inauguration du coffret “Bernard Reichel – Eloge” à l’Institut Jaques-Dalcroze
2005: “Bernard Reichel – Eloge”, édition d’un coffret de 9 CDs. Création du site internet. Sortie d’un DVD sur Bernard Reichel et André Luy
2004: Assemblée générale suivie d’un concert au Conservatoire de Lausanne avec Louis Schwizgebel. Concert à Moscou dirigé par Frank Rodriguez. Enregistrements d’oeuvres destinées à un futur CD
2003: Dépôt des partitions originales du compositeur à la Bibliothèque Cantonale Universitaire de Lausanne
Assemblée générale suivie d’un concert au Temple de Morges
Enregistrements d’œuvres destinées à un futur CD
2002: Fin du travail de copie des originaux et contrôle de l’ensemble
Début des écoutes d’enregistrements fait par la radio Suisse Romande, en vue d’une édition de CDs.
2001: Année du 100ème anniversaire de la naissance du compositeur
Édition d’œuvres pour flûtes de bambou
Édition de “Prélude, passacaille et postlude” et de “Trois pièces sur des chorals de Noël”
Concert au Temple de Lutry avec Erica Bill, Eric Emery et André Luy
Concert à la cathédrale de Lausanne avec le chœur Faller
Assemblée générale suivie d’un concert au Temple de Villamont à Lausanne avec Irène Gaudibert, Patrick Marguerat, François Gottraux, Benedetta Targa et Nicole Hostettler
Emission radio avec Jean-Luc Rieder, Jean-Jacques Rappin et Jean-Louis Matthey 2000: Assemblée générale suivie d’un concert à l’Institut Jaques-Dalcroze dans le cadre de la fête de la musique avec Natacha Ducret et Dominique Lipp
1999: Assemblée générale suivie d’un concert de clavecin donné par Anne-Lyse Vuilleumier
Édition de “Aube” pour chœur à 3 voix de femmes à capella
1998: Assemblée générale suivie d’un concert au Temple de Lutry avec le quatuor Deblue. CD: Concertino pour piano, Rhapsodie pour flûte et orchestre, Sonata en trio, Octuor
1997: Assemblée générale suivie d’un concert de musique de chambre
1996: Assemblée générale suivie de la projection du film “Plans-fixes” consacré à Bernard Reichel. CD: œuvres pour piano, avec la sonate pour violoncelle et piano
CD: œuvres pour orgue, avec la sonata da chiesa (avec trompette) et la sonata breve (avec alto)
1995: Assemblée générale suivie d’un concert au Temple de Lutry, orgue, choeur et petits ensembles
1994: Concert à l’Institut Jaques Dalcroze: “Rhapsodie” et “Octuor” avec le quintette à vent Eglogue, chœur dirigé par Véronique Carrot, et divers interprètes dirigés par Daniel Reichel
Assemblée générale suivie d’un concert de musique de chambre
Édition de deux livres de bandes dessinées (Basile et Le Martyre de Sébastien) – Édition Slatkin
1993: Assemblée générale et hommage au compositeur décédé
Début du travail de copie des partitions originales
1992: Concert au Conservatoire de Lausanne avec Christiane Montandon, Raymond Meylan, François Guye et Daniel Reichel
Enregistrement du même concert au Temple de Lutry
Parution du catalogue des œuvres de Bernard Reichel
Assemblée générale suivie d’un concert à Prangins
1991: Année du 90ème anniversaire du compositeur. Assemblée générale puis concert d’orgue à la cathédrale de Lausanne par André Luy. Concert au Temple de Lutry avec le chœur Arpège dirigé par François Forestier et A.C. Prénat à l’orgue. Enregistrement en vue d’un CD.
1990: CD: Intrada, Pièce concertante, Danses, Suite pour orchestre, enregistré à Bucarest. Assemblée générale suivie d’un concert: Quintette à vent, ensemble Saphir. Concert à Prangins, interprètes: Christiane Montandon, François Guye, Raymond Meylan, Daniel Reichel
1989: Concert inaugural de l’Association au Temple de Lutry, interprètes: Daniel Reichel, Basia Rechitzka, Nicole Hostettler, Raymond Meylan, le quatuor Moeckli.
Assemblée générale suivie d’un concert à la maison de la radio à Lausanne
Début du classement des œuvres du compositeur
1988: Création de l’association Bernard Reichel

CD édités par l’Association Bernard Reichel

Pour commander: : info@bernardreichel.ch
Relever le numéro du CD et le commander par email ou par courrier postal

Coffret Eloge - GALLO 1180 - 9 CD

Coffret Eloge – GALLO 1180 – 9 CD
Prix : CHF 190.00, Frais d’envoi en Suisse compris

Les CD peuvent être acquis en coffret ou séparément. Voir liste ci-dessous:

Eloge 1 - GALLO 1171

Eloge 1 – GALLO 1171

Symphonie n° 2 – 0uverture pour cordes – Prélude et Ricercare pour violon, flûte et cordes – Concerto pour clavecin et petit orchestre
Direction Daniel Reichel
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

Eloge 2 - GALLO 1172
Eloge 2 – GALLO 1172

Suite symphonique – Gloria in excelsis – Concerto pour alto et orchestre
Orchestre de la Suisse Romande
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

Eloge 3 - GALLO 1173
Eloge 3 – GALLO 1173

Ah! Si le ciel se déchirait… Cantate de Noël
Orchestre de Chambre de Lausanne, direction André Charlet, Hélène Morath et Simone Mercier (soprani), Eric Tappy (ténor), André Luy (orgue)
La Vision d’Ezéchiel, Oratorio
Collegium Academicum Genève, Psalette, direction Philippe Cart, Brigitte Balleys (alto), André Luy (orgue)
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

Eloge 4 - GALLO 1174
Eloge 4 – GALLO 1174

Emmaüs, Oratorio
Orchestre de Chambre de Lausanne, direction André Charlet, Evelyne Brunner (soprano), Charles Jauquier (ténor), André Luy (orgue) Stéphane Romascano (violon)
O Dieu quand je t’implore, Cantate
Direction Daniel Reichel, Basia Retchitzka (soprano), Pierre Wavre (flûte), Anne Gallet (clavecin)
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

Eloge 5 - GALLO 1175
Eloge 5 – GALLO 1175

Trois Psaumes (102, 121 et 113) – Motets: Gib Frieden unser Zeit – Erhöre mich – Herr, zeige mir deine Wege – Ich freute mich
Groupe vocal Michel Hostettler, direction Michel Hostettler, Marie Hélène Dupard (soprano)
Sanctus, pour chœur et orgue
Choeur de Chambre Romand, direction André Charlet, François Margot (orgue)
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

Eloge 6 - GALLO 1176
Eloge 6 – GALLO 1176

Le conte d’été ou Le dragon à sept têtes
Orchestre de Chambre de Lausanne, direction Daniel Reichel, Basia Retchitzka (soprano), Camille Bierens de Haan (mezzo-soprano), Vincent Girod (ténor), Philppe Grüffel (baryton) Bernard Reichel (piano)
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

Eloge 7 - GALLO 1177
Eloge 7 – GALLO 1177

Sonata a tre
Raymond Meylan (flûte), Rama Jucker (violoncelle) Werner Giger (piano)
Sonatine pour alto et piano
Hermann Friedrich (violon), Theodor Sack (piano)
Trio pour violon, violoncelle et piano
Ulrich Lehmann (violon), Urs Frauchiger (violoncelle), Mario Steiner (piano)
Concert printanier
Willy URfer (flûte), Luise Schlatter (violon), Hermann Friedrich (alto), Jean-Paul Guéneux (piano)
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

Eloge 8 - GALLO 1178
Eloge 8 – GALLO 1178

10 Préludes: “à la mémoire d’un ami disparu”
Charles Dobler (piano)
Sonata breve pour flûte et piano
Domenig Oetiker (flûte), Richard Huber (piano)
Suite brève pour le piano
Christiane Montandon (piano)
Images
Charles Dobler (piano)
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

Eloge 9 - GALLO 1179
Eloge 9 – GALLO 1179

Divertimento
Irène Gaudibert (flûte), François Gottraux (violon), Patrick Marguerat (hautbois), Benedeta Targa (basson), Nicole Hostettler (clavecin)
Lieder-Gedichte von Goethe
Natacha Ducret (chant), Dominique Lipp (piano)
Goethe-lieder
Direction Daniel Reichel, Basia Retchitzka (soprano), Magali Shwartz (mezzo-soprano), Vincent Girod (tenor), Philippe Huttenlocher (baryton), Christiane Montandon et Bernard Reichel (piano à 4 mains)
Sonate en trio dans le style ancien
Irène Gaudibert (flûte), Patrick Marguerat (hautbois), Benedeta Targa (basson), Nicole Hostettler (clavecin)
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

GALLO 1028
GALLO 1028

Concertino pour piano et orchestre
Christiane Montandon (piano), Orchestre du Concervatoire de Lausanne
Rhapsodie pour flûte et orchestre
Raymond Meylan (flûte), Orchestre du Concervatoire de Lausanne
Sonata en trio
Raymond Meylan (flûte), Daniel Reichel (violon), Giorgio Menegozzo (violoncelle)
Octuor
Marianne Maurer (violon), Gabrielle Doret (violon), Daniel Morice (alto), Jean-Claude Georges (contrebasse), Philippe Collet (saxophone), Gérard Métrailler (trompette), Gérard Boudry (trombonne), Christiane Montandon (piano)
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

GALLO 912
GALLO 912

Sonate pour violoncelle et piano
Christiane Montandon (piano) et François Guye (violoncelle)
Neuf préludesFantasiaPièces facilesRecueil d’imagesSuiteLe petit album
Christiane Montandon (piano)
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

GALLO 913
GALLO 913

Sonata da chiesa pour trompette et orgueVariations sur le psaume 23L’Eternel est mon bergerHymne en 3 versets sur le choral “Der du bist drei in Einigkeit” Choral: le Sauveur va naîtreSonata breve pour alto et orguePrélude en miSuite en 5 parties
André Luy (orgue), Daniel Reichel (alto) et Jean-François Michel (trompette)
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

 

GALLO 619
GALLO 619

IntradaPièce concertanteSuite de dansesSuite pour orchestre
Orchestre philarmonique de Craiova (Roumanie), Direction Daniel Reichel et Modest Cichirdan
Prix : CHF 28.00, Frais d’envoi en Suisse compris

Edition de livres dessinés

Pianiste-e6bd2 Pianiste2_Sebastien-1cccf Pianiste3_Sebastien-623fe Pianiste_Sebastien-43f7f

 

Le Tombeau de Monsieur Basile

Le Tombeau de Monsieur Basile (épuisé)
Dessins: Bernard Reichel
Texte: Frank Martin
Edition Slatkine – 1994

Le Martyre de Sébastien

Le Martyre de Sébastien
Dessins: Bernard Reichel
Texte: Eric Schmidt
Edition Slatkine – 1994
En vente auprès de l’Association Bernard Reichel
Prix: CHF 40.00, frais d’envoi en Suisse compris.
Commande par email info@bernardreichel.ch

Biography

Bernard Reichel : August 3rd, 1901 – December 10 1992

Bernard Reichel à l'age de 64 ans Bernard Reichel 64 Jahre alt Bernard Reichel 64 years old
Bernard Reichel 64 years old

Bernard Reichel’s origins are to be found in Silesia and Provence. The family settled in the French speaking part of Switzerland in the latter part of the nineteenth century. Bernard Reichel was born in Neuchâtel in 1901. Chamber music was a common practise in the family, and through the influence of good teachers, he quickly chose his path as both composer and musician. Charles Faller at Le Locle, Paul Benner in Neuchâtel, Hermann Suter et Adolphe Hamm at the Basel Conservatory, trained him in piano, organ and composition. Later, in Geneva he studied with Emile Jaques-Dalcroze, and with William Montillet. Composition studies with Ernst Lévy in Paris allowed him to get acquainted with the great composers of the time : Debussy, Ravel, Honegger, Roussel among others. In 1925, Bernard Reichel settles in Geneva as a music teacher and church organist. He befriends Frank Martin at the Jaques-Dalcroze Institute, teaches harmony at the Conservatory and works as an organist. In 1971, he is awarded the “prix de la musique” by the City of Geneva. Composition remains his major interest. Rather than adopting the dodecaphonic system, he creates a personal musical language influenced by folk music, hymns and medieval modalities, all handled with great liberty and applying constant tonal enlargement . The great variety of his compositions appeal to both star soloists and chamber music ensembles : piano, flute, alto, cello and organ concertos; wind or string instrument ensembles; duos, trios, quartets, quintets, octets; scores for organ, piano and harpsichord. Bernard Reichel contributed to the enrichment of church music in Switzerland and in Germany. In Lemgo (Westphalie), his choral works (Psalms, Te Deum, Gloria) have been played on big religious holidays. His works for orchestra have been greatly appreciated in the USA, England, Germany and Switzerland. Bernard Reichel also write for the theatre : “The Life Source “, “Pillar of Fire”, “Summer Tale “, “The Prodigal Son”, “Joan of Arc”, “Saint Francis of Assis”, “The Death of Roland” He also wrote comic books (in the spirit of Rodolphe Töpffer) depicting musicians’ adventures. He spent his last years in Lutry, near Lausanne. The entire body of his work can be consulted at the University of Lausanne Library. Bernard Reichel liked to quote Frédéric Mistral:

“Tel qui me laissera libre dans ma pensée, libre dans mon parler, libre dans ma voie, libre de m’épanouir conformément à ma nature, celui-là est mon ami, et je suis son compatriote. Mais celui qui me gênera dans ma manière d’être, celui qui se moquera de mes larmes ou de mon rire, celui qui me forcera de changer mon langage, qu’il aille au Diable!”

Biographie

Bernard Reichel : 3. August 1901 – 10. Dezember 1992

Bernard Reichel à l'age de 64 ans Bernard Reichel 64 Jahre alt Bernard Reichel 64 years old
Bernard Reichel, 64 Jahre alt

Bernard Reichel entstammt einer Familie aus Schlesien und der Provence, die sich im 19. Jahrhundert in der französischen Schweiz niederlässt. lm 1901, wird Bernard Reichel geboren. Von klein auf bekommt er eine gute Allgemeinbildung, in der die Musik einen wichtigen Platz einnimmt. lm Laufe der Jahre erkennen sowohl seine Eltern wie auch gute Lehrer seine musikalischen Begabung und Berufung. Charles Faller, Le Locle, Paul Benner, Neuenburg, Hermann Suter und Adolph Hamm, am Konservatorium Basel, unterrichten ihn in Klavier, Orgel und Komposition. Dann wird er begeisterter Schüler von Emile Jaques-Dalcroze in Genf. Daneben berät ihn der Organist William Montillet. Während eines einjährigen Aufenthaltes in Paris studiert er Komposition bei Ernst Lévy und lernt die grossen Komponisten jener Zeit kennen. lm Jahre 1925 lässt er sich in Genf nieder, wo er in der Folge mehrere Anstellungen als Organist bekleidet, am Institut Jaques-Dalcroze unterrichtet und ein Freund von Frank Martin wird. Er unterrichtet ebenfalls Harmonielehre am Genfer Konservatorium. Sein besonderes Interesse gilt der Komposition. Nach Experimenten mit dem System der Dodekaphonie zieht er es vor, seine eigene musikalische Sprache zu entwickeln. Eine Sprache, die von jeder Doktrin frei ist. Man erkennt darin Einflüsse des Volksliedes, des traditionellen Kirchenchorals oder der mittelalterlichen Modi, die aber in Freiheit und in der Erweiterung des Tonalen gehandhabt werden. Als Lausanner Bürger verbrachte Bernard Reichel die letzten Jahre seines Lebens im Waadtland, in Lutry. Im “Bibliothèque Universitaire de Lausanne” hat man Zugang zu seinem Werk. Orchesterstücke, Kammermusik, kirchliche und weltliche Kantaten, Werke für Orgel, Klavier, Cembalo und andere solistische Instrumente bilden die reiche Sammlung des musikalischen Erbes Bernard Reichels.

Biographie

Bernard Reichel : 3 août 1901 – 10 décembre 1992

Bernard Reichel à l'age de 64 ans Bernard Reichel 64 Jahre alt Bernard Reichel 64 years old
Bernard Reichel en 1965

Originaire de Silésie et de Provence, la famille de Bernard Reichel se fixe en Suisse Romande à la fin du XIXe siècle. C’est à Neuchâtel que Bernard Reichel vient au monde en 1901. Dans un milieu familial où la musique tient une place importante, il comprend tôt, sous l’influence de bons maîtres, sa vocation de compositeur et de musicien. Charles Faller au Locle, Paul Benner à Neuchâtel, Hermann Suter et Adolphe Hamm au Conservatoire de Bâle, guident ses premières études de piano, d’orgue et de composition. Il devient ensuite, à Genève, l’élève puis le disciple d’Emile Jaques-Dalcroze, tout en recevant les conseils de William Montillet pour l’orgue. Un an passé à Paris lui permet de travailler la composition avec Ernst Lévy et de connaître mieux les grands compositeurs de l’époque (Debussy, Ravel, Honegger, Roussel et d’autres encore). Dès 1925, Bernard Reichel se fixe à Genève. Il est engagé comme professeur à l’Institut Jaques-Dalcroze où il se lie d’amitié avec Frank Martin, enseigne l’harmonie au Conservatoire de Genève et occupe plusieurs postes successifs d’organiste. En 1971, il reçoit le prix de la musique de la Ville de Genève. La composition reste au premier plan de ses préoccupations. Ayant expérimenté le système dodécaphonique, il préfère cependant se forger un langage propre, libéré de toute doctrine, où l’on perçoit l’influence du chant populaire, du choral et des modes médiévaux, ce qui n’exclut pas une grande liberté et l’élargissement constant de la tonalité. Ses compositions sont très variées et s’adressent à quantités de formations. Nombre de solistes renommés et de groupes de musique de chambre ont bénéficié de sa riche production : ensemble d’instruments à vent ou à cordes, duos, trios, quatuors, quintettes, octuors, pièces pour piano, clavecin, orgue. Citons tout spécialement ses concertos pour piano, flûte, alto, violoncelle ou orgue. Par ailleurs, Bernard Reichel a contribué à enrichir le répertoire de la musique d’église, soit en Suisse, soit en Allemagne, particulièrement à Lemgo (Westphalie), où ses oeuvres chorales (Psaumes, Te Deum, Gloria) ont été interprétées dans le cadre de grandes fêtes religieuses. Enfin, ses oeuvres pour orchestre ont connu de vifs succès aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne et dans les principales villes de Suisse. Bernard Reichel a aussi composé pour le théâtre : “La Source de vie”, “La Colonne de feu”, “Le Conte d’été”, “Le Fils prodigue”, “Jeanne d’Arc”, “Saint François d’Assise”, “Mort de Roland” et la musique de grands spectacles commémora tifs et historiques. Il a passé ses dernières années à Lutry, petite cité près de Lausanne.

Toute son oeuvre peut être consultée à la Bibliothèque Universitaire de Lausanne. On lui doit également plusieurs albums d’histoires dessinées (dans l’esprit des livres de Rodolphe Toepffer), où il savait avec humour et tendresse parler des aventures de la vie des musiciens. Pour conclure, il est intéressant de savoir que Bernard Reichel aimait citer le mot de Frédéric Mistral:

“Tel qui me laissera libre dans ma pensée, libre dans mon parler, libre dans ma voie, libre de m’épanouir conformément à ma nature, celui-là est mon ami, et je suis son compatriote. Mais celui qui me gênera dans ma manière d’être, celui qui se moquera de mes larmes ou de mon rire, celui qui me forcera de changer mon langage, qu’il aille au Diable!”